Mohamed Benchaâboun, l’homme des équilibres silencieux

De la bcp au ministère de l’économie et des finances, en passant par la diplomatie et la direction de maroc telecom, mohamed benchaâboun trace une trajectoire faite de rigueur et de discrétion. portrait d’un technocrate devenu médiateur de crise.

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Mohamed Benchaâboun

Trois décennies de haute fonction publique, deux vies entre finance et diplomatie, une nomination stratégique à la tête de Maroc Telecom. Mohamed Benchaâboun incarne l’archétype de ces profils rares, formés à la rigueur technocratique, nourris à la culture de l’efficacité, et rompus aux codes de la haute administration. Nommé président du directoire de Maroc Telecom en février 2025, l’ancien ministre des Finances et ex-ambassadeur du Maroc en France se retrouve au centre d’un jeu diplomatique et industriel complexe, qu’il orchestre avec la méthode et la retenue qui caractérisent son parcours.

Né en 1961 à Casablanca, diplômé de l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris, Mohamed Benchaâboun entame sa carrière chez Alcatel-Alsthom Maroc, où il dirige un ensemble industriel de grande envergure. En 1996, il rejoint l’Administration des Douanes, puis accède en 2003 à la direction générale de l’ANRT, où il pilote, avec fermeté, la libéralisation d’un secteur encore balbutiant. En 2008, il prend les rênes de la Banque Centrale Populaire, qu’il restructure en profondeur tout en inscrivant le groupe dans une stratégie d’expansion panafricaine.

DE LA FINANCE À LA DIPLOMATIE

En août 2018, il est appelé au gouvernement comme ministre de l’Économie et des Finances, avec pour mission de piloter les équilibres budgétaires dans un contexte de turbulences internationales. Lorsque la pandémie de Covid-19 frappe le Royaume, Benchaâboun adopte une posture de sang-froid : il orchestre la mise en place du Fonds Covid-19 et contribue à la création du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, dont il assurera la direction à partir de 2022. Face à la crise, il affiche une conviction qui tranche avec l’alarmisme ambiant : “Les fondamentaux de l’économie nationale sont suffisamment résilients pour pouvoir absorber, à court terme, les chocs induits par cette crise”, déclare ce capitaine du navire économique. En 2021, il est nommé ambassadeur du Maroc en France, un poste diplomatique à haute teneur politique, qu’il occupe jusqu’à son rappel à Rabat en janvier 2023.

L’ARCHITECTE SILEN- CIEUX D’UN

Février 2025. Benchaâboun est nommé à la tête de Maroc Telecom, alors que le groupe sort d’un bras de fer judiciaire de plus d’une décennie avec Inwi. Son arrivée, perçue comme un “signal d’ouverture”, coïncide avec une désescalade inattendue. En coulisses, il figure parmi les artisans d’un compromis diplomatique menant à la restitution de 2 milliards de dirhams par Inwi et à la création de deux coentreprises, FiberCo et TowerCo.

Cette séquence, aux accents autant industriels que géopolitiques, consacre le rôle d’équilibriste que Benchaâboun assume désormais. Marié, père de deux enfants, chevalier de l’Ordre du Trône, Mohamed Benchaâboun reste l’un des rares profils capables de désamorcer des crises industrielles et de rassurer des partenaires internationaux. Un médiateur discret dans un monde où la diplomatie économique s’écrit désormais à coups de milliards.