Installés à Casablanca, dans une société où le poids des traditions pèse encore sur les épaules de ceux qui tentent d’aimer autrement, Nabile et Lamia se retrouvent des années plus tard. Leurs corps ont vieilli, leurs idéaux ont été écorchés par la vie, mais une flamme persiste, têtue, obstinée.
Lamia, désormais plus affranchie, assumée et vibrante de passion, prend l’initiative d’un rapprochement. Elle incarne une modernité en marche, une femme qui refuse de se soumettre à l’idée que le désir et l’amour ont une date de péremption.
“Ma jeunesse m’a trompée”, confie-t-elle, exprimant cette prise de conscience du temps qui passe et de la nécessité de vivre pleinement le présent sans s’attarder sur le passé ni se projeter dans un avenir incertain. Sa question “Est-ce que tu m’aimes encore?” résonne comme un appel à renouer avec l’essentiel, à retrouver cette force vitale qu’est l’amour pour affronter “la peur et la douleur” inhérentes à l’existence.
«Ils se sont tant aimés»
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La fragilité du bonheur retrouvé
Face à elle, Nabile hésite, observe, puis se laisse entraîner dans ce possible recommencement. Ce retour de l’amour n’a rien d’un conte de fées : il est lucide, tâtonnant, mais d’une sincérité bouleversante. Le couple tente de se réinventer, à contre-courant des normes sociales et familiales. Il ne s’agit pas de revivre le passé, mais de composer une nouvelle partition, dans le présent. Le récit est traversé par la fragilité du bonheur retrouvé, suspendu entre la peur de souffrir à nouveau et l’envie irrépressible de croire, encore une fois, en la magie du lien amoureux.
Tahar Ben Jelloun, dans une prose à la fois pudique et pénétrante, interroge le temps, le corps, la fidélité et le pardon. Il brosse le portrait d’un Maroc contemporain, où les aspirations individuelles se heurtent aux attentes collectives.
À travers le parcours de Nabile et Lamia, il donne à voir une génération prise en étau entre souvenirs et renoncements, mais encore capable d’espérer, d’aimer, de se réconcilier avec elle-même. Ils se sont tant aimés est ainsi une méditation douce-amère sur l’amour qui survit aux tempêtes, sur la beauté des secondes chances, et sur cette ultime tentative d’atteindre, envers et contre tout, une forme de paix sentimentale.
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Ils se sont tant aimés, de Tahar Ben Jelloun, aux éditions Gallimard.
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