Les chauffeurs de taxi, les VTC et la danse de la zerouata

Par Réda Allali

Une information remarquable a attiré l’attention du Boualem cette semaine. Figurez-vous, les amis, qu’un chauffeur de taxi a été traduit en justice à Casablanca après une altercation avec un concurrent. Le bougre est accusé d’avoir agressé un businessman russe et sa femme qui avaient eu le malheur d’embarquer à bord d’un de ces véhicules au statut controversé.

“Un chauffeur de taxi a été traduit en justice à Casablanca : il est accusé d’avoir agressé un businessman russe et sa femme qui avaient eu le malheur d’embarquer à bord d’un de ces véhicules au statut controversé”

Réda Allali

Vous connaissez le problème : les applications ont débarqué, elles ont été massivement adoptées par les utilisateurs, et les chauffeurs de taxi traditionnels, ulcérés par la baisse de leurs revenus, se sont transformés en une sorte de version locale des Hell’s Angels.

Avec la finesse qu’on leur connaît, les taxis ont entamé la danse de la zerouata, dans sa version la plus décomplexée. Au menu, donc, des guets-apens, des embuscades, des courses-poursuites et autres animations de rue sous l’œil impavide de nos forces de l’ordre, qu’on a déjà connues moins décontractées face à ce genre de comportement.

“Zakaria Boualem connaît bien le problème : il a été lui-même victime d’une embuscade d’un taxi, alors qu’il avait embarqué dans un véhicule commandé sur une de ces applications diaboliques”

Réda Allali

Zakaria Boualem connaît bien le problème : il a été lui-même victime d’un traquenard de ce type, alors qu’il avait embarqué dans un véhicule commandé sur une application. Mais n’étant ni businessman, ni russe, cet épisode n’avait eu aucune conséquence, et merci. Maintenant que cette affaire touche les étrangers, elle devient grave : et c’est bien entendu cela qui est grave.

Maintenant, il faut que le Boualem vous explique pourquoi il utilise ces applications diaboliques. Imaginez un peu : un quidam descend du TGV, souple sur ses appuis, et il caresse le noble projet de regagner son logis en taxi. Il lui faut alors supporter de se voir hélé par les plus entreprenants chauffeurs, puis placé dans un véhicule en attendant que d’autres clients indiquent la même direction. Il va ensuite supporter le détour pour déposer lesdits clients, et ensuite payer un prix qui ne correspond à aucun compteur, parce que, vous comprenez, il est à la porte d’une gare, ce qui donne une sorte de statut spécial au taxi, allez savoir pourquoi.

Il risque aussi de se retrouver coincé dans un tas de ferraille dont on se demande comment il a réussi à passer le contrôle technique alors que le Boualem, lui, est tourmenté pour un stop mal réglé. Quand il n’est pas à la merci d’un chauffeur qui a fermé toutes les fenêtres et confisqué les manivelles en plein mois d’août, et ajouté une lourde serviette sur ses genoux pour protéger la carte mère, parce qu’il a peur du froid.

Il y aussi la version insupportable, quand ledit chauffeur abreuve les passagers de commentaires douteux sur chaque client qui quitte son véhicule, ou sur les passants, surtout s’ils sont noirs. Autrement dit, en descendant du TGV, propre et beau et se retrouvant à la merci de cette confrérie louche, notre voyageur bascule du Maroc de demain à celui du Moyen-âge. Sans compter le système des grimates qui, à lui seul, relève de l’absurdité ou de l’Antiquité, choisissez vous-même.

Nous parlons d’un service, celui du taxi, à qui il arrive souvent de refuser des clients sous prétexte qu’il ne souhaite pas se rendre à l’adresse indiquée. Il agit un peu comme un pote mal luné et, ce faisant, il attaque le fondement même de sa profession, et tout le monde trouve ça normal. Et quand certains optent pour la concurrence, il sort le gourdin en prétendant faire respecter la loi. Il est donc grand temps de mettre de l’ordre dans le secteur, et pour ça, il y a un argument qui devrait faire mouche. Imaginez un peu une Coupe du Monde avec de pareils énergumènes en action… C’est bon ? C’est tout pour la semaine, et merci.