Possible fusion Alstom-Siemens : "l'Airbus du rail" inquiète en France

 Les groupes français Alstom et allemand Siemens pourraient annoncer mardi le rapprochement de leurs activités ferroviaires mais ce qui est présenté comme un "Airbus du rail" suscite des critiques en France, quant à la perte d'un fleuron national et la possible "casse sociale".

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Crédit; AFP
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Le jour même où le président français Emmanuel Macron prononce à Paris un discours très attendu sur ses « projets-clefs » pour l’Europe, Alstom et Siemens devraient porter sur les fonts baptismaux un nouveau numéro un européen – et deuxième mondial – du matériel ferroviaire roulant. Le président Macron, fervent partisan d’un axe franco-allemand, défendrait le projet de fusion qui vise à créer un « Airbus du rail« , selon une expression récemment employée par le patron d’Alstom.

Le rapprochement vise à faire le poids face à la concurrence internationale, et en particulier le chinois CRRC, premier constructeur ferroviaire au monde qui lorgne sur les marchés européens. Son chiffre d’affaires est plus du double de celui d’Alstom. Mais le possible passage sous pavillon allemand du constructeur du TGV, perçu en France comme une icône de la réussite nationale, est vivement critiqué.

« C’est une immense escroquerie organisée par l’État, qui va mettre Alstom Transports, l’un des fleurons français, sous la domination complète de Siemens« , a estimé Nicolas Dupont-Aignan, président du petit parti nationaliste Debout la France. « Ce n’est pas un Airbus ferroviaire. Airbus est une magnifique réalisation (…) il n’y a pas la domination d’une entreprise sur une autre. Cela permettra à Siemens, sans dépenser un centime, de devenir propriétaire de notre technologie, de nos brevets« , a-t-il accusé sur la radio France Inter.

Valérie Pécresse, du parti Les Républicains (droite), a dit « souhaiter -et je suis inquiète- que cet Airbus du ferroviaire, qui n’est pas une mauvaise idée, ne se fasse pas au détriment de la France« . « Je souhaite qu’Alstom respecte les engagements de production en France qui ont été pris au moment » des commandes passées pour les transports d’Ile-de-France, région qui inclut Paris et dont Mme Pécresse est la présidente. Les députés communistes ont de leur côté dénoncé « la disparition d’un fleuron de notre industrie« . « L’Etat français vend ses bijoux de famille et c’est l’industrie ferroviaire qui trinque !« , a jugé le député du Nord Fabien Roussel.

Selon le journal économique allemand Handelsblatt, le nouveau groupe serait détenu par Siemens d’une très courte tête : il aurait 50 % des actions, plus une. Mais la nouvelle entité resterait installée et cotée à Paris. Alstom dirigerait son directoire, tandis que Siemens prendrait la tête du conseil de surveillance.

Quant à l’Etat français, qui détient 20 % des droits de vote d’Alstom et deux sièges à son conseil d’administration, sa participation tomberait à 10 %. Les emplois seraient garantis pendant quatre ans, selon le quotidien économique français Les Echos. « Les garanties, c’est vite changé. Siemens sera là pour gagner de l’argent« , rétorque Daniel Dreger, du syndicat CGT, deuxième chez Alstom.

« La consolidation est une nécessité pour lutter contre le mastodonte chinois, qui est deux à trois fois plus gros que nous« , admet Claude Mandart, représentant du syndicat CFE-CGC, premier syndicat d’Alstom. « Et en même temps, on est inquiet car on est en choc frontal avec Siemens sur toutes nos activités : très grande vitesse, signalisation, trains régionaux, métros, tramways…« , poursuit M. Mandart. « On ne va pas pouvoir tout garder à moyen terme, des synergies vont être trouvées, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’opération, donc il y aura malheureusement de la casse sociale à moyen terme, c’est incontournable« , estime-t-il.

Alstom emploie 32.800 salariés, Siemens Mobility (la branche rail) 27.100. Le projet de rapprochement avait déjà été étudié en 2014 mais avait échoué, Alstom préférant céder ses activités énergie à l’américain General Electric et recentrer son activité sur le ferroviaire.

Une décision sur un éventuel rapprochement n’est cependant « pas certaine » dès mardi, en raison de la « grande complexité d’une telle transaction », selon le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), qui suggère que le canadien Bombardier pourrait s’inviter dans un deuxième temps, en apportant au nouveau groupe ses activités ferroviaires.

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