Les dons octroyés au Maroc sont-ils vraiment des aides ?

Les annonces de dons et de prêts accordés au Maroc se succèdent au titre de l’Aide publique au développement. Cette générosité est toutefois à nuancer.

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Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane avec son homologue qatari Sheikh Abdullah Bin Nasser Ben Khalifa Al-Tahani
Le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane avec son homologue qatari Cheikh Abdullah Ben Nasser Ben Khalifa Al-Thani. Crédit photo : AFP

Le Qatar vient d’octroyer, le 24 août, un don d’environ 1,15 milliard de dirhams. Une annonce de plus, mais sait-on vraiment ce qui sera fait de cet argent ? Si la destination de ces dons est généralement connue du public à leur annonce, les traces de ces opérations s’évanouissent par la suite et il est fait peu d’échos de leur utilisation, pas plus qu’il n’est procédé à une évaluation transparente de leur impact.

Combien reçoit le Maroc ?

Les dons et prêts reçus par le Maroc de la part des pays développés comptent au titre de l’Aide publique au développement (APD). L’APD est composée des dons et prêts assortis de conditions préférentielles sur les taux d’intérêt. Les dons « purs et durs » sont relativement rares, il s’agit généralement d’un prêt comprenant un « élément don », c’est-à-dire qu’il est contracté à des conditions meilleures que celles du marché.

La distinction est d’importance : un don et un prêt n’engagent pas les dépenses publiques de la même façon. Si le don, comme son nom l’indique, est gratuit, le prêt engage l’État qui le contracte et doit être remboursé. Dans la presse, la distinction est rarement respectée, ce qui fait bondir l’économiste Najib Akesbi, contacté par Telquel.ma :

La presse ne traite pas avec assez de précision ce sujet. Les prêts engagent les deniers publics et devraient être soumis à un large débat. On parle indistinctement de prêts où de dons, sans poser les bonnes questions sur l’usage de ces prêts et dons ou encore la conditionnalité qui les accompagnent.

Selon les chiffres de la Banque mondiale, l’APD reçue par le Maroc en 2012 s’élève à 1,48 milliard de dollars. Cela fait du Maroc un important bénéficiaire de l’Aide publique au développement, le 20e au niveau mondial en 2012 selon les chiffres de la Banque mondiale.

Qui sont les bailleurs de fond du Maroc ?

La France est le premier bailleur de fonds du Maroc : en 2011, la part de l’Hexagone représentait 62 % des aides bilatérales reçues par le Maroc. Toujours en 2011, le pays était, après la République démocratique du Congo et la Côte d’Ivoire, le troisième bénéficiaire de l’aide française en Afrique.

L’Agence française de développement à elle seule a octroyé en 2013 la somme de 250 millions d’euros au Maroc sous forme de prêts. Le reste de l’aide française au Maroc est réparti entre les aides mises en œuvre sur le plan européen et multilatéral.

Les États-Unis, par le biais de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), ont quant à eux versé 167 millions de dollars en 2012 au Maroc.

Pour Najib Akesbi, la ventilation des aides octroyées par l’Union européenne est « opaque », et sert essentiellement à « matérialiser symboliquement le lien politique puissant qui existe avec le royaume. Au final, l’Union européenne n’est pas si regardante sur la destination des fonds », assène l’économiste.

Outre ces deux alliés traditionnels, le Maroc reçoit de plus en plus d’aides de la part des pays du Golfe, et notamment du Qatar, engagé dans une stratégie d’extension de son influence économique. En 2014, près de 600 millions de dollars ont étés accordés au Maroc en dons et prêts divers par l’émirat du Golfe.

Quelle utilisation pour quels résultats ?

Des économistes du développement critiquent les mécanismes d’Aide publique au développement, dont l’efficacité est souvent mise à mal par les phénomènes de corruption et de manque de compétences pour les mettre en œuvre, qui caractérisent les États bénéficiaires.

Si le Maroc multiplie les annonces de dons et de crédits contractés auprès de divers États et institutions internationales, la communication après la perception du don est quasi-inexistante. Il n’est pas procédé à une évaluation –publique, du moins – de leur impact.

Ici aussi, Najib Akesbi est catégorique :

Le Maroc s’est engouffré dans l’endettement à outrance, notamment auprès des organisations internationales.

Depuis plusieurs décennies que la Banque mondiale prête de l’argent au Maroc, aucun audit n’a été mené pour évaluer l’efficience et l’impact qu’ont eu ces prêts, relève l’économiste. « Pourtant, les intérêts de la dette publique représentent le tiers du déficit budgétaire du pays », rappelle-t-il.

Les pays donateurs ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation. Pour Najib Akesbi, un audit général de la situation et de l’impact de ces divers emprunts contractés est nécessaire, car ils engagent les finances publiques et, in fine, les impôts des citoyens.

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