Maroc

Malgré les mesures proposées par El Othmani, le Hirak de Jerada est toujours dans l'attente

Sit-in devant la commune de Jerada après la marche du dimanche 11 février DR
Malgré les mesures proposées par El Othmani, le Hirak de Jerada est toujours dans l'attente
février 12
20:14 2018
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Alors que Saad Eddine El Ohtmani a annoncé plusieurs mesures pour calmer la contestation à Jerada, les habitants de la région sont toujours en attente d'une rencontre avec le wali de l'Oriental pour décider de la marche à suivre. Précisions avec l'un des leaders du Hirak local.

À un rythme quasi quotidien, les manifestations se poursuivent à Jerada et dans certaines localités relevant de sa province suite à la mort de deux mineurs dans un puits clandestin d'extraction de charbon, le 22 décembre dernier. Un ras-le-bol général accentué par la mort d'un troisième mineur dans l'une des fosses clandestines le 1er février dernier.

Depuis, le chef du gouvernement a annoncé une visite dans l'Oriental pour réitérer les engagements présentés à la population locale. C'est désormais chose faite avec la rencontre tenue le 10 février dernier en présence du wali de l'Oriental, Mouaad Jamaaï, des gouverneurs provinciaux et des élus à Oujda, capitale de la région.

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"Le chef du gouvernement a proposé quatre solutions, mais leurs détails ne nous sont pas encore parvenus", nous déclare Abdessamad Habbachi, l'un des représentants les plus en vue des comités de quartiers désignés à Jerada.

Il précise qu'une rencontre avec le Wali aura lieu dans l'après-midi de ce lundi 12 février "pour éclaircir le contenu des dispositions" énoncées par El Othmani.

Charbon, plomb, zinc et autre cuivre

Dans les faits, le chef du gouvernement a évoqué à Oujda quatre points sur lesquels son équipe s'engage pour faire sortir Jerada de l'actuelle impasse.

Il s'agit tout d'abord du volet minier et des licences d'exploitation du charbon, naguère octroyées à quatre exploitants de la ville. "Il a été décidé de retirer, et dans l'immédiat, les licences d'exploitation à ceux qui ne se sont pas conformés à la loi", déclarait le chef du gouvernement sous les applaudissements de son assistance le 10 février dernier.

Une décision qui n'a pas été acceptée par les mineurs descendant clandestinement dans les puits (appelés syndriate). "Ils ont entamé hier soir (le 11 février, NDLR) une grève dans les galeries souterraines. Nous avons dû leur parler jusqu'au petit matin pour les convaincre de remonter", nous explique Abdessamad Habbachi.

Le représentant des contestataires de Jerada précise néanmoins qu'il a dû s'engager à trouver une solution pour stopper ce retrait de licences pour convaincre les mineurs grévistes de quitter les galeries souterraines.

Selon Habbachi, entre 1.200 et 1.500 mineurs attendent des solutions pour pouvoir gagner leur vie. "Ils ne savent plus où ils iront commercialiser le charbon qu'ils extraient", justifie notre interlocuteur.

"Les mineurs se demandent si on leur donnera le droit de revendre eux-mêmes le charbon qu'ils ont extrait sans passer par les anciens détenteurs de licences. Ils se demandent également si de nouvelles licences seront délivrées à des coopératives ou à de nouveaux barons du charbon qui viendront remplacer les anciens", poursuit Habbachi.

Comme deuxième solution, Saad Eddine El Othmani a révélé que de nouvelles mines de zinc, de plomb et de cuivre seront ouvertes. Une annonce qui fait suite au rapport sur le potentiel minier de la province, élaboré par le ministre de l'Énergie et des Mines Aziz Rebbah au mois de décembre dernier.

"Ceci reflète la richesse du sous-sol de la région. Il est normal que les actuels mineurs soient les premiers à profiter de l'ouverture de nouvelles mines puisqu'ils apporteront leur expérience, quelle que soit la matière extraite. Ceci est d'autant plus crucial si les autorités décident de boucher tous les puits clandestins", souligne Abdessamad Habbachi.

Un renvoi à la Convention collective de 1998

Lors de son intervention à Oujda, le chef du gouvernement a également déclaré que les anciens mineurs de la société de Charbonnage du Maroc (CDM), liquidée en 1998, "deviendront propriétaires de leurs logements de fonctions".

Saad Eddine El Othmani a également annoncé qu'un budget spécial de 2,5 millions de dirhams "sera mobilisé au profit de la Caisse des retraites et d'assurance dans le but de faciliter le traitement des dossiers liés aux maladies professionnelles des employés". Une allusion aux ex-mineurs jeradis atteints de silicose.

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"En ce qui concerne ces deux problématiques, le gouvernement n'a qu'à consulter et appliquer les dispositions écrites noir sur blanc dans la Convention collective signée en 1988 par CDM, le ministère des Finances ainsi que les centrales syndicales", rétorque Abdessamad Habbachi.

En réalité, ces maisons sont des biens immobiliers de CDM qui, lors de sa liquidation le 20 février 1998, sont devenues une propriété du ministère de l'Économie et des Finances. Le même ministère a confié leur gestion à la commune.

"Pour ce qui est des personnes souffrant de la silicose, nous avons des cas chez les mineurs actuels. Certains ne disposent d'aucun contrat de travail auprès des détenteurs de licence. Comment la caisse pourrait-elle les prendre en charge?", s'interroge Abdessamad Habbachi qui précise que la question sera abordée lors de la réunion avec le wali.

Le chef du gouvernement a également annoncé la création d'une "nouvelle zone industrielle à Jerada dont les travaux démarreront dans les prochains jours, et qui permettra aux jeunes entrepreneurs de la ville de se lancer dans la petite et moyenne entreprise de tout genre grâce à la vente ou à la location préférentielle de lots de terrain".

"C'est une ancienne zone inaugurée lors de la visite du roi à Jerada en juin 2013. Elle a été distribuée à des entrepreneurs qui l'ont transformée en simples dépôts de marchandises", souligne Abdessamad Habbachi.

L'agriculture comme alternative

Le dernier point soulevé par El Othmani concerne le secteur agricole. Il est question de la "mobilisation de 3.000 hectares pour l'exploitation agricole, dont 1.000 hectares destinés aux ayants droit et 2.000 hectares au profit des jeunes".

Cette disposition a pour but de "contribuer à la reforestation et l'amélioration de l'environnement d'une région connaissant une forte concentration de déchets miniers", expliquait le chef du gouvernement.

"Le problème des terres collectives remonte au lendemain de l'indépendance. Aujourd'hui encore, les ayant droit d'Ain Beni Mathar, Gafayet, Lemrija et Tiwline (des communes rurales de la province de Jerada, NDLR) sont dépourvus des titres fonciers attestant qu'ils sont propriétaires de leurs terres", indique Abdessamad Habbachi pour qui la rencontre entre les acteurs locaux et le wali de la région aura une importance primordiale.

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