En marge de l’ouverture du SIAM 2026, lundi 20 avril à Meknès, Ahmed El Bouari a défendu une filière animale consolidée par le Plan Maroc Vert puis par Génération Green, mais durement secouée par la succession des années de sécheresse.
Le rapport Food Sovereignty in Morocco, publié en octobre 2025, résume l’état du système alimentaire marocain en un mot, à l’opposé même de la souveraineté : “dependency”
Dans cette lecture, le programme de reconstitution du cheptel lancé sur instructions royales et doté d’une enveloppe budgétaire de 12,8 milliards de dirhams sur 2025-2026, doit permettre de rétablir progressivement l’équilibre du secteur, d’autant que l’amélioration des conditions climatiques ouvre, selon le ministre, des perspectives encourageantes pour la relance.
Le discours public se heurte toutefois au constat posé, quelques mois plus tôt, par le Moroccan Institute for Policy Analysis (MIPA). Dans son rapport Food Sovereignty in Morocco, publié en octobre 2025, l’institut résume l’état du système alimentaire marocain en un mot, à l’opposé même de la souveraineté, « dependency ». Le document affirme surtout que le Maroc a perdu son autosuffisance traditionnelle dans les produits animaux, les ingrédients laitiers et la viande rouge.
Si le rapport relie cette fragilité à la sécheresse prolongée entre 2019 et 2025, il pointe aussi un modèle agricole qui reste fortement dépendant des intrants importés.
Une viande produite ici, nourrie ailleurs
Le rapport relève que presque toute la viande consommée au Maroc est bien produite localement, ce qui entretient l’idée d’une forme d’autosuffisance. Mais l’essentiel de l’alimentation animale vient de l’extérieur.
Ainsi, en 2023, les importations de maïs ont atteint 2,82 millions de tonnes, dont plus de 75 % ont servi à la fabrication d’aliments composés pour la volaille. Les importations d’orge, utilisées pour les ruminants, ont atteint 1,1 million de tonnes, pour une dépense de 2,85 milliards de dirhams. Dans le même temps, les importations de tourteaux protéiques de soja et de tournesol sont passées de 1,6 à près de 2,3 millions de tonnes entre 2022 et 2023.
Le constat ne s’arrête pas là. Le MIPA souligne aussi le poids de l’énergie, des machines, des engrais et des ressources génétiques importées. Dans l’élevage laitier, le rapport cite notamment le recours aux génisses importées et aux semences d’insémination artificielle. Autrement dit, la dépendance ne commence pas à l’abattoir. Elle est déjà là en amont, dans les moyens mêmes de produire.
La crise mise à nu par les faits
Ce décalage entre production locale et dépendance extérieure pèse d’autant plus lourd que la crise du cheptel a fini par s’imposer au grand jour. Le 13 février 2025, Ahmed El Bouari indiquait que le cheptel national avait reculé de 38 % par rapport à 2016.
En outre, l’appel royal du 26 février à s’abstenir du sacrifice de l’Aïd Al-Adha a donné à cette crise une portée exceptionnelle. Par ailleurs, le contingent d’importation des bovins destinés à l’abattage a été doublé en 2025, passant de 150.000 à 300.000 têtes, pour soutenir l’approvisionnement du marché.
Au bout du compte, le paradoxe est là. Le discours officiel met en avant la relance, la résilience des éleveurs et le retour progressif à l’équilibre. Les faits décrivent une filière qui reste fortement dépendante de l’extérieur. C’est dans cet écart entre le récit de l’autosuffisance et le fonctionnement réel de la filière que se loge le trompe-l’œil.
