235.372 véhicules neufs écoulés en 2025, +33,4 % en un an, un record “historique”. Mais derrière l’euphorie des chiffres, une question se pose : cette dynamique est-elle durable, ou le marché vient-il simplement de placer la barre trop haut ?
Dans son dernier rapport sectoriel, BMI, filiale de Fitch Solutions, décrypte les perspectives du marché automobile marocain à horizon 2035. Le cabinet maintien des prévisions positives, mais tempère l’enthousiasme.
Après une année portée par une conjoncture quasi parfaite, entre croissance solide, inflation à 0,7 %, reprise de la demande et montée en puissance de la production locale, le marché devrait croître d’environ 8 % en 2026 pour atteindre 253 194 unités. Honorable, mais loin de l’envolée de 2025. La raison est mécanique : quand on part d’aussi haut, chaque point de croissance supplémentaire coûte plus cher.
Un plafond invisible
Les fondamentaux restent bien orientés. BMI table sur un PIB en hausse de 4,4 %, une inflation maîtrisée à 1,2 % et un taux directeur maintenu à 2 %. Des conditions qui soutiennent la consommation privée et allègent le coût du crédit automobile.
Le tourisme reste un levier puissant. Les sociétés de location ont pesé 35 % des ventes en 2025, les flottes d’entreprise 23 % et les particuliers 42 %. Avec la hausse des arrivées touristiques, le renouvellement des flottes locatives continuera d’alimenter la demande. Le segment des véhicules commerciaux devrait progresser de 4,2 % à 27 638 unités, tiré par le BTP et les investissements en infrastructures.
Les Chinois, accélérateur de croissance
Fait marquant de 2025 : la percée des constructeurs chinois. 17 marques désormais présentes sur environ 51 opérant au Maroc, avec une part de marché en progression constante. BMI identifie leur arrivée comme un facteur structurel de soutien à la demande.
En face, la Dacia Logan reste le modèle le plus vendu, suivie de la Sandero et de la Clio, confirmant l’ancrage du groupe Renault via sa production locale. Mais les équilibres se redessinent. À plus long terme, BMI projette une croissance annuelle de 5,5 % jusqu’en 2035, avec un marché à 400.000 unités. Un doublement en dix ans.
L’électrique, prochain relais
Le taux de pénétration des véhicules électriques dans les ventes totales est passé de 0,6 % en 2023 à 2,2 % en 2025, avec 5221 véhicules électriques vendus (+77,3 %). Les hybrides rechargeables dominent encore, mais l’arrivée de BYD, Geely, Renault ou Stellantis devrait élargir l’offre. BMI mentionne aussi le Dial-E de Neo Motors, premier véhicule électrique conçu et assemblé au Maroc, et l’installation de Tesla avec son réseau de Superchargeurs.
Seul point de vigilance : un éventuel ralentissement en zone euro, premier débouché des exportations automobiles marocaines. Un scénario qui, s’il se matérialise, pourrait freiner la demande en véhicules utilitaires, directement liée à l’activité industrielle et logistique.
