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Gaming Industry made in Morocco : anatomie d’un vivier de talents

Encore embryonnaire, l’industrie du jeu vidéo “made in Morocco” se développe doucement, entre soutien étatique et contraintes structurelles. Une poignée de studios émerge, et avec eux des talents en croissance, au Maroc et hors frontières.

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Porté par une jeunesse ultra-connectée et des politiques publiques encore récentes, l’industrie marocaine du gaming amorce sa structuration. Mais ce sont surtout les parcours individuels, au Maroc comme à l’étranger, qui dessinent aujourd’hui les contours réels de cette industrie.

Côté startups, le Royaume en compte près d’une centaine, recensées sur la plateforme officielle de l’industrie du gaming au Maroc (www.moroccogamingindustry.ma), créées pour la plupart après 2021. Cette dynamique s’est particulièrement accélérée grâce aux mesures mises en place par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication pour structurer et développer le secteur.

Elle a connu un tournant notable à la suite de la première édition de la Morocco Gaming Expo, qui a constitué un véritable catalyseur, favorisant la mise en réseau des jeunes talents, le renforcement des équipes et la création de nouvelles startups.

Si CN Studio, fondé en 2017 par Oussama Ouaziz, est l’un des pionniers du développement local de studios de création de jeux vidéo, d’autres ont émergé ces dernières années, à l’instar de Kokoro Games, Ikro Games, June Studio, Triaxis Studio, Enigma Studio, Clover Studio, Dinomite Studio, Ashira Studio, Kelbox Studio, AJB Games Studio ou encore Next Level AR et Octav pour les expériences immersives. À cela s’ajoutent des structures comme Kiddo Education ou encore KNC Lab, souvent positionnées sur des niches (serious game, gamification…).

Petits studios, grandes ambitions

Certains studios ont bénéficié de programmes d’incubation pour mieux se structurer

Malgré cette diversité, le secteur reste composé majoritairement de petites équipes, souvent inférieures à dix personnes, avec des capacités de financement encore limitées et peu d’accès aux circuits de distribution internationaux. Une partie de ces studios ont toutefois bénéficié, notamment depuis 2024, des programmes d’incubation lancés par le ministère, en partenariat avec des institutions publiques ou étrangères, permettant à ces jeunes pousses de se financer et de mieux se structurer.

Cette structuration repose sur un vivier de talents en croissance. Des profils comme Oussama Ouaziz (CN Studio), Hicham Addy (Ikro Games), Abdellah Alaoui Mdarhri (Kokoro Games), Ilias Belabed (June Studio), Said et Aziz Bakouri (Triaxis Studio), Soufiane Khramez (Enigma Studio) ou encore Kawtar Jalili (Kiddo Education) incarnent une génération de développeurs et de game designers formés essentiellement en autodidacte, parfois grâce à des cours en ligne, ou passés par des écoles de graphisme, de design ou des filières informatiques.

“Il existe très peu d’écoles spécialisées dans le jeu vidéo au Maroc”, rappelle Oussama Ouaziz. Cette contrainte explique aussi en partie pourquoi certaines de ces compétences se développent en dehors des circuits académiques traditionnels, via des projets personnels, du freelancing ou des collaborations internationales. Elle explique aussi la difficulté à passer d’une logique de prototypes à celle de productions industrielles. Plusieurs jeux permettent néanmoins de mesurer l’émergence d’une production “made in Morocco”, encore largement concentrée sur le mobile et l’indépendant.

Parmi les exemples les plus visibles, “Talking Cactus”, “Save the Fish” ou “Slice to Score”, développés par CN Studio, ont dépassé le cadre local grâce à leur diffusion sur les plateformes mobiles. Dans un registre différent, “Uncursed”, développé par AJB Games Studio, s’inscrit dans une approche plus ambitieuse sur PC, avec une diffusion sur Steam et plusieurs milliers de téléchargements pour sa version de démonstration.

À cela s’ajoutent des projets comme “The Moroccan Castle”, ou d’autres jeux issus de game jams locales (hackathons de game design), souvent diffusés sur des plateformes d’hébergement et de vente de jeux vidéo indépendants comme Itch.io. Ces productions restent encore marginales à l’échelle internationale, mais elles témoignent d’un passage progressif d’une logique d’apprentissage à une logique de création.

Parallèlement, la diaspora constitue un levier structurant pour l’écosystème. Des profils comme Omar Guendeli, gameplay programmer chez Ubisoft à Abu Dhabi (Emirats arabes unis), Yannis Moulay, game designer chez Ubisoft à Paris (France), Khalid Nait-Zlay, spécialiste des effets visuels chez Krafton à Montréal (Canada), ou les fondateurs de studios de gaming indépendants Yasser Ouaziz (Ouaz Games à Dubaï) et Youness Bakhouya (Qasbah Labs à Paris) illustrent la présence de compétences marocaines à l’étranger. Cette externalisation des talents s’explique en partie par les limites du marché local, mais elle constitue aussi une source potentielle de transfert de compétences et de réseaux pour les acteurs restés au Maroc.

Des événements et des communautés

Face à ces enjeux, les pouvoirs publics ont structuré ces dernières années une stratégie dédiée. Le projet Rabat Gaming City, porté par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, vise à créer un hub réunissant formation, production et incubation. L’objectif affiché est double: attirer des studios internationaux et favoriser l’émergence de productions locales capables d’exporter.

Les événements gaming jouent également un rôle central dans la structuration de l’écosystème. La Morocco Gaming Expo, organisée chaque année à Rabat depuis 2024, s’impose comme le rendez-vous du secteur, réunissant tous les talents du milieu : développeurs, startups, gamers, mais aussi investisseurs internationaux et acteurs locaux de l’écosystème, autour de conférences et tournois e-sport.

À côté, des formats plus hybrides comme Project LZ, lancé fin 2025, qui a réuni à Casablanca des créateurs de contenus, marques, sponsors et passionnés de jeux vidéo, ou des compétitions grand public de e-sport comme la Free Fire Battle of Morocco, dont la finale a rassemblé plus de 4000 spectateurs en septembre 2025, misent sur la production de contenus (streams, vlogs) pour amplifier leur portée.

Les LGaming Awards, enfin, organisés par le média dédié au gaming et à l’e-sport au Maroc LGaming.ma, consacrent chaque année les meilleurs de la communauté e-sport du pays.

Cette dynamique s’appuie enfin sur une génération de créateurs de contenus gaming qui gagnent en visibilité, suivis par des millions de personnes sur des plateformes comme YouTube, Twitch ou TikTok. Reste désormais à franchir un cap décisif: structurer durablement la filière pour transformer ce vivier de talents en une industrie viable et compétitive.