Le Maroc n’a pas remporté le trophée continental depuis 1976. En cinquante ans, cette attente s’est transformée en véritable mythe national, transmis de génération en génération, porteur d’espoir autant que de frustration pour les supporters. L’édition 2025 est singulière : au-delà d’une CAN à domicile, c’est tout un continent qui se retrouve au Maroc, terrain familier où les liens africains se sont tissés naturellement depuis des décennies. Aujourd’hui, cette impatience se lit dans les cafés marocains comme dans les campus universitaires de Rabat et Casablanca, où des étudiants subsahariens évoquent déjà leur équipe, leurs déplacements et la manière dont ils vivront ce moment collectif.
Neuf stades, six villes : une CAN qui traverse le pays
Pour la première fois, la Coupe d’Afrique des nations se jouera dans neuf stades répartis sur six villes, une configuration qui change profondément la nature du tournoi, puisqu’elle invite les supporters à voyager d’une ville à l’autre et à découvrir des environnements différents, chacun avec une identité, une ambiance et un cadre propres. Tanger offrira ses lignes ouvertes sur la Méditerranée, Casablanca son dynamisme et son sens de la fête, Rabat, avec ses quatre stades, assumera son rôle de capitale sportive, tandis que Marrakech, Agadir et Fès proposeront chacune son atmosphère, son public et ses traditions. Ce cadre élargi donne à la compétition un caractère presque itinérant, comme si la CAN 2025 était pensée pour faire circuler non seulement des équipes et des ballons, mais surtout pour faire se croiser des cultures, des langues et des foules venues de tout le continent.
Une affluence sans précédent
L’un des points les plus déterminants de cette édition sera la présence des supporters, dont beaucoup ont déjà exprimé leur intention de se rendre au Maroc, encouragés par la variété des villes hôtes, la facilité des déplacements et la densité de la diaspora africaine présente sur son sol. Depuis plusieurs années, des communautés subsahariennes importantes vivent au Maroc, et lors des récents barrages du Mondial, notamment la qualification de la République démocratique du Congo contre le Nigeria, les tribunes ont donné un avant-goût de ce que pourrait être la CAN : des chants, des familles mélangées, des foules cosmopolites transformant les stades en véritables melting-pots africains. À cela s’ajoute la diaspora africaine en Europe, pour qui le Maroc constitue une destination idéale, puisque Rabat est à près de trois heures d’avion de Paris, Bruxelles ou Rome, et un peu plus d’une heure de Madrid, ce qui place les villes hôtes à portée de week-end pour des milliers de supporters désireux de vivre la CAN sans contrainte logistique. Tout indique que cette édition pourrait être l’une des plus fréquentées de l’histoire du tournoi, avec un mélange de couleurs, d’accents et de cultures rarement réunis.
Un point de rencontre
Cette CAN va mettre en avant certains atouts clés du Maroc : sa situation de carrefour, où se croisent des imaginaires africains variés, ses infrastructures modernes et un sens de l’hospitalité ancré dans ses traditions. Les infrastructures sportives, routières, ferroviaires et hôtelières ont été pensées comme un ensemble cohérent, capable de recevoir des flux importants tout en garantissant des conditions d’accueil dignes d’un événement continental. Ce que souhaite montrer le Maroc, c’est sa capacité à accueillir un tournoi majeur sans perdre le sens du partage, en laissant une place réelle au public africain, à ses expressions, à ses communautés et à ses façons d’habiter le football, cinq ans avant la tant attendue Coupe du Monde 2030. Dans les villes hôtes, les habitants se préparent déjà à recevoir des supporters venus de régions très différentes du continent, chacun apportant une part de son identité, que ce soit à travers la musique, la street food, les couleurs ou les chants.
Célébrer le continent
Au-delà de l’enjeu sportif, cette CAN représente une opportunité pour l’Afrique, car le football y occupe une place sociale et culturelle d’une rare intensité. Une compétition réussie, fluide et festive, accueillie dans de bonnes conditions, envoie au monde un message collectif : celui d’un continent capable d’excellence dans l’organisation, dans la mobilisation et dans la manière d’offrir un spectacle populaire qui dépasse le stade. Le Maroc souhaite faire de cette édition un espace de rencontre entre les différentes régions du continent, réunissant les supporters d’Afrique de l’Ouest, du Centre, de l’Est et du Nord dans un même mouvement. Les rues de Tanger, Marrakech ou Casablanca deviendront ainsi des scènes vibrantes où l’on parlera wolof, swahili, lingala, arabe, français ou anglais, donnant à la compétition un caractère profondément vivant.
Sportivement, le Maroc disputera cette CAN avec une génération respectée, mais le tournoi n’est pas imaginé comme une quête individuelle ; il s’agit d’un événement collectif où chaque équipe africaine trouvera une scène favorable, un public, une attention et un environnement conçu pour valoriser le jeu. Les Marocains espèrent évidemment mettre fin à cinquante ans d’attente, mais l’ambition plus large est de faire de cette édition un moment partagé, où la victoire s’inscrira dans un cadre plus large : celui d’un continent qui se célèbre lui-même.
Lorsque la compétition débutera, le Maroc ne sera pas simplement un pays hôte ; il deviendra la scène d’un rassemblement continental où l’Afrique, dans toute sa diversité, se croisera, dialoguera et vibrera au rythme des matches.
