La militante Zineb Kharroubi écope de six mois de prison avec sursis et 5000 dh d’amende

Après plusieurs mois de procédure et une mobilisation qui a largement dépassé les frontières marocaines, le tribunal de première instance de Casablanca a rendu, ce lundi, son verdict dans l’affaire de la militante Zineb Kharroubi.

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La jeune militante marocaine Zineb Kharroubi, basée à Paris et active au sein du mouvement GenZ212 en France, fait l’objet de poursuites judiciaires au Maroc. Crédit: DR

La jeune activiste, poursuivie pour des publications sur les réseaux sociaux, a été condamnée à six mois de prison avec sursis et à une amende ferme de 5000 dirhams, selon le jugement prononcé en audience publique.

Le tribunal a également rejeté l’exception soulevée par la défense concernant l’incompétence territoriale ainsi que l’ensemble des vices de forme invoqués. La juridiction a par ailleurs ordonné la restitution du téléphone portable saisi (un iPhone vert) à sa propriétaire légitime, sauf s’il est confisqué pour une autre cause judiciaire.

Une affaire née de trois publications

L’affaire remonte au 12 février dernier, lorsque Zineb Kharroubi, militante marocaine installée à Paris et active au sein du mouvement GenZ212 en France, avait été interpellée à son arrivée à l’aéroport Marrakech-Ménara en provenance de France. Après son transfert à Casablanca et une nuit passée en garde à vue, elle avait été présentée au parquet puis poursuivie en état de liberté.

Très vite, les contours du dossier avaient commencé à se préciser : selon les éléments révélés au début de l’affaire, les poursuites reposaient sur trois publications distinctes sur les réseaux sociaux, considérées par le parquet comme relevant de l’incitation à commettre un délit, sur la base de l’article 299 alinéa 1 du Code pénal marocain. Cet article prévoit une peine allant de trois mois à un an de prison, assortie d’une amende comprise entre 5000 et 50.000 dirhams.

Le verdict rendu aujourd’hui se situe donc dans le bas de cette disposition pénale, avec une peine privative de liberté suspendue et le minimum légal pour l’amende.

Un procès à forte portée symbolique

Dès l’arrestation de la jeune militante, l’affaire avait pris une tournure politique et symbolique. Zineb Kharroubi, figure connue dans certains cercles militants de la diaspora marocaine, est associée au mouvement GenZ212 en France, une groupe né dans le sillage des mobilisations de la GenZ au Maroc et devenu, depuis fin septembre 2025, un espace d’expression critique contre plusieurs choix politiques et sociaux au Maroc.

Son interpellation avait suscité une vague de solidarité immédiate. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont l’Association marocaine des droits humains (AMDH), avaient dénoncé une procédure jugée inquiétante pour la liberté d’expression. Des associations de la diaspora, comme l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), avaient également pris position pour demander l’abandon des poursuites.

Sur Discord, où GenZ212 fédère une large communauté de jeunes militants, l’affaire avait rapidement été érigée en symbole d’une nouvelle confrontation entre l’activisme numérique et l’appareil judiciaire marocain.

Une défense entravée dès les premiers jours

Depuis qu’il s’est ouvert le 23 février, le procès de Zineb Kharroubi a connu cinq reports d’audience, et ce, en raison de la grève alors observée par la profession contre le projet de loi 66.23 relatif à l’organisation de la profession d’avocat.

Le prononcé du verdict, ce lundi, s’est d’ailleurs déroulé en l’absence de la défense de Zineb Kharroubi. Les robes noires observaient au même moment un sit-in devant le Parlement pour protester contre le projet de loi controversé.

Pour les soutiens de la militante, les poursuites contre les figures du mouvement GenZ soulignent une tendance à la judiciarisation croissante des formes d’expression militante en ligne.

Cette condamnation intervient dans un contexte judiciaire contrasté pour le mouvement GenZ212. Il y a quelques jours à peine, la Cour d’appel de Casablanca a ordonné la libération de la majorité des membres du collectif poursuivis dans le cadre des manifestations et mobilisations de ces derniers mois, marquant un relatif infléchissement dans le traitement judiciaire du dossier.

Mais cette décrispation reste partielle car plusieurs militants de GenZ212 demeurent encore derrière les barreaux au Maroc, rappelant que, malgré certaines remises en liberté, le feuilleton judiciaire entourant le mouvement est loin d’être clos.