Après les déclarations de Ouahbi au Parlement, les avocats annoncent une paralysie des tribunaux

Dans une nouvelle escalade illustrant les tensions persistantes entre le ministre de la Justice et les avocats, l’Association des barreaux du Maroc a décidé d’observer une suspension générale et préventive des prestations professionnelles du lundi 15 juin au dimanche 21 juin. Cette action constitue, selon l’organisation, une première étape avant l’adoption d’autres formes de mobilisation plus radicales.

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Dans un communiqué, l’Association explique que cette protestation intervient en réaction aux déclarations du ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, accusé d’avoir formulé des accusations « infondées » et irresponsables à l’encontre du bureau de l’Association et des bâtonniers. L’organisation dénonce également des propos jugés offensants pour la profession et ses membres.

Le 9 juin lors d’une séance de questions orales à la Chambre des conseillers, Ouahbi avait plaidé pour une réforme de l’assistance judiciaire. Le ministre avait indiqué que 240 millions de dirhams ont été versés aux avocats au titre de l’assistance judiciaire depuis 2016, dénonçant de fortes disparités dans la répartition des montants.

Selon lui, certains avocats ont perçu plusieurs centaines de milliers de dirhams, tandis que la majorité n’aurait reçu qu’entre 1.500 et 3.000 dirhams. Il a ainsi appelé à une révision du cadre légal et à la numérisation de la gestion des dossiers et des paiements.

Selon l’Associations des barreaux du Maroc, ces déclarations s’inscrivent dans une série de prises de parole répétées au cours desquelles le ministre aurait dépassé les limites du respect dû à la profession d’avocat, à son rôle dans le pays ainsi qu’à ses institutions et symboles. L’Association estime que cette attitude éloigne le ministre de son rôle de responsable gouvernemental attaché à la concertation pour le placer dans une logique de défense de positions personnelles.

Le bureau de l’Association des barreaux du Maroc a exprimé sa vive condamnation de ces déclarations, qu’il considère comme une nouvelle tentative de minimiser le rôle de la profession et de ternir son image auprès de l’opinion publique. Il accuse également le ministre de recourir à un discours trompeur et à des accusations généralisées afin de justifier les choix unilatéraux qui ont marqué le processus de réforme de la profession.

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L’Association souligne par ailleurs que les accusations formulées par le ministre de la Justice au sein même du Parlement, sans égard pour les règles de respect mutuel et de fonctionnement institutionnel, sont jugées inacceptables et provocatrices. Elle estime qu’elles visent notamment à perturber la campagne de plaidoyer menée par son bureau pour défendre les principes et les valeurs de la profession.

Le bureau de l’Association a également pris la défense de la Mutuelle des barreaux du Maroc, présentée comme un acquis social essentiel garantissant la couverture médicale des avocates, des avocats et de leurs familles. L’organisation rappelle que cette structure a été créée conformément à la législation encadrant les mutuelles et qu’elle est soumise au contrôle de l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale, ACAPS. Selon l’Association, les rapports des organismes de contrôle attestent de la qualité de sa gouvernance et de son bon classement parmi les mutuelles du pays.

Estimant faire l’objet d’une campagne médiatique hostile et continue qui ne laisse entrevoir aucune volonté de dialogue ou de compromis, l’Association a salué l’attitude des différentes composantes du Parlement ainsi que celle du chef du gouvernement, qu’elle remercie pour son approche jugée respectueuse des institutions et des consensus. Elle a annoncé sa décision de saisir officiellement le chef du gouvernement au sujet de ce qu’elle qualifie de discours accusateur et incitatif du ministre de la Justice à l’encontre de la profession et de ses institutions au sein du Parlement.

Enfin, l’Association a indiqué avoir chargé sa présidence ainsi que celle de la mutuelle d’effectuer une sortie médiatique afin de répondre aux accusations et allégations qu’elle considère comme « erronées ».