Au cœur de cet héritage se trouve laflij, ces longues bandes tissées qui constituent l’ossature textile de la tente sahraouie. À Tan-Tan, des artisanes perpétuent encore les techniques ancestrales qui permettent de transformer une matière brute issue du désert en un symbole vivant de la culture hassanie.
Dans les ateliers de la coopérative « Dar Laflij », le travail commence bien avant l’installation de la tente. Tout débute par la collecte de la matière première auprès des éleveurs de la région.
« Nous nous procurons le poil auprès des éleveurs, puis nous le trions avec soin avant de commencer les différentes étapes de transformation », explique la présidente de la coopérative, Houria Bouasria.
Méthodes traditionnelles en héritage
Le poil sélectionné est d’abord débarrassé des impuretés, puis soigneusement préparé. Les artisanes procèdent ensuite au filage et au torsadage des fibres selon des méthodes traditionnelles héritées de leurs mères et de leurs grands-mères. Un travail minutieux qui exige patience, expérience et maîtrise des gestes.
Selon Mme Bouasria, le duvet de dromadaire occupe une place essentielle dans ce processus. Incorporé dans la trame du tissu, il contribue à conférer au laflij ses qualités particulières et demeure un élément incontournable de la fabrication traditionnelle.
Au fil des semaines, les fibres se transforment progressivement en fils solides, puis en bandes tissées. Ces dernières constituent les fameux « flij » qui donneront naissance à la khayma.
Derrière chaque khayma se cachent des heures de travail réalisées par des femmes qui veillent à la préservation d’un patrimoine transmis depuis des siècles.
Assises devant leurs métiers à tisser, les artisanes assemblent patiemment les fils et reproduisent des gestes appris dès leur plus jeune âge. Leur savoir-faire permet de perpétuer une activité étroitement liée à l’histoire sociale et culturelle des populations sahariennes.
Une fois les bandes achevées, elles sont cousues et assemblées pour former la tente. Le nombre de « flij » varie selon les dimensions souhaitées. Certaines tentes nécessitent une dizaine de bandes, tandis que les plus grandes peuvent en compter jusqu’à seize.
Pour les artisanes, la fabrication d’une khayma ne consiste pas seulement à produire un objet utilitaire. Chaque pièce réalisée raconte une histoire, celle des familles nomades qui ont parcouru durant des siècles les vastes étendues désertiques du Sahara.
« Chaque tente est différente. Sa taille dépend des besoins de son propriétaire, mais les techniques de fabrication restent les mêmes et sont transmises au fil des générations », souligne Mme Bouasria.
Une protection contre le froid et le chaud
Au-delà de sa valeur culturelle, la khayma présente également des caractéristiques adaptées aux conditions climatiques du désert. Grâce aux matériaux qui la composent, elle offre de la fraîcheur durant les périodes de forte chaleur tout en assurant une protection contre le froid lorsque les températures chutent.
Pour Houria Bouasria, cette dimension pratique explique en partie l’attachement des habitants du Sahara à la khayma, même si celle-ci a progressivement laissé place à l’habitat moderne.
Si son usage quotidien s’est réduit au fil du temps, sa présence reste incontournable lors des festivals, des moussems et des manifestations culturelles qui célèbrent l’identité hassanie. Dressée au milieu des rassemblements populaires, elle rappelle le lien historique profond qui unit les habitants de la région à leur environnement.
Cet intérêt renouvelé contribue aujourd’hui à la préservation de cet artisanat ancestral. Soutenues par plusieurs partenaires institutionnels, les coopératives spécialisées dans la fabrication du laflij poursuivent leurs efforts pour transmettre ce savoir-faire aux nouvelles générations.
À Tan-Tan, les mains des artisanes continuent ainsi de transformer le poil de dromadaire en étoffe, puis l’étoffe en khayma. Un patient travail qui fait vivre, au cœur du désert, l’un des plus précieux héritages du patrimoine hassani.
(avec MAP)
