Surfant sur le boom du e-commerce, les souks s’invitent désormais sur les écrans des ordinateurs, des tablettes et des smartphones, où des plateformes déploient le grand jeu pour l’Aïd, avec la promesse de permettre au client de dénicher le Sardi ou le Bergui convoité selon les critères souhaités et dans la limite de son budget.
Pour en finir avec l’achat à l’aveugle pour les acheteurs inexperts, ces sites proposent des photos et des vidéos détaillées dans le souci de rassurer le client et garantir une transparence totale de l’opération à travers une traçabilité rigoureuse grâce à l’affichage du numéro de boucle de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), couplé à un suivi vétérinaire strict.
Le recours à ce nouveau modèle commercial induit une transformation notable des habitudes de consommation, estime Omar Chafai, propriétaire d’une ferme et fondateur de la plateforme « Sardi Chaouia ».
Mais en dépit de cet essor, une grande majorité de Marocains reste attachée à l’achat traditionnel, car le besoin d’inspecter l’animal pour vérifier s’il remplit les critères prescrits par la religion ou encore le rituel du marchandage, résistent toujours et demeurent incontournables, note-t-il dans une déclaration à la MAP.
Au-delà du confort offert à l’acheteur, c’est toute la chaîne de valeur agricole qui s’en trouve transformée. Face à la prolifération des intermédiaires et des spéculateurs (Channakas) qui s’accaparent une grande partie des marges de bénéfices, les éleveurs trouvent dans le e-commerce un canal de vente direct (D2C – Direct to Consumer).
Cette désintermédiation permet à l’éleveur de vendre au juste prix, tout en favorisant son inclusion financière. En effet, les paiements s’effectuent en ligne, ce qui permet d’intégrer les agriculteurs dans l’économie numérique formelle.
Pour conquérir une nouvelle clientèle, ces plateformes ont compris qu’il ne fallait pas rompre le lien humain, mais le digitaliser pour l’inscrire dans une démarche « phygitale » (physique et digitale) qui attire de plus en plus de ménages. Pour Chafai « l’achat classique et le e-commerce sont devenus parfaitement complémentaires ».
« En réalité, une vente en ligne ne se fait jamais de manière totalement froide : il y a toujours une discussion approfondie, des appels pour cerner le besoin et l’envoi de photos et de vidéos sous tous les angles avant de conclure l’achat, la livraison et le paiement », souligne-t-il.
Pour lui, ce modèle mixte attire de plus en plus d’acheteurs, favorisé par la mise en relation directe entre l’éleveur et le consommateur, aussi bien au Maroc que pour les Marocains du monde, pour qui ces plateformes de vente en ligne du mouton constituent une solution idéale pour perpétuer le lien avec les leurs.
En quelques clics, un Marocain résidant à l’étranger peut acheter et se faire livrer le mouton directement à son domicile n’importe où dans le Royaume, avec la garantie d’un produit de qualité.
Habitué à transférer de l’argent à ses parents pour acheter leur mouton, Amine, jeune Marocain installé en France, a décidé cette année de déroger à la règle et procéder autrement en optant pour l’achat en ligne, en raison d’un engagement professionnel qui l’empêchera de célébrer l’Aïd Al Adha avec les siens.
Avec des parents âgés et souffrant de maladies chroniques qui n’ont plus la force pour l’agitation des souks, la promesse d’une livraison à domicile la veille de l’Aïd a joué grand dans sa décision de recourir à l’achat en ligne, confie-t-il à la MAP.
Loin de dénaturer ces traditions bien ancrées chez les Marocains, la vente en ligne du mouton et tous les services qui vont avec (livraison, hébergement jusqu’au jour de la fête …) permettent non seulement de raccourcir le circuit et de rendre les transactions plus claires et transparentes comme, mais ils contribuent à une meilleure gestion de l’espace urbain et à la réduction des nuisances (transport, propreté) dans les grandes métropoles.
(avec MAP)
