Défendre la souveraineté sans prétendre tout produire soi-même : c’est la ligne d’Hicham El Habti. Pour le patron du nouveau pôle Innovation & Learning d’OCP, l’enjeu n’est pas de fabriquer sur son sol tout ce que le pays consomme, mais de « ne pas rester de simples utilisateurs » : comprendre les technologies qu’on importe, en maîtriser l’architecture, pour être en mesure de choisir plutôt que subir.
Cette conviction s’inscrit désormais dans un organigramme. Le 11 avril 2026, OCP a réorganisé son corporate autour de deux pôles. Value Steering, confié à Iliass El Fali, tient la stratégie, la finance et la performance. Innovation & Learning, dévolu à El Habti, réunit sous une seule autorité la recherche, l’éducation adossée à l’UM6P, le venturing, les talents, la donnée et l’intelligence artificielle. L’ensemble sert ce que le groupe appelle sa « troisième S-Curve » (la troisième grande phase d’investissement du groupe, après l’extraction minière puis la transformation chimique), cette étape où le premier exportateur mondial de phosphates cherche à tirer davantage d’une roche dont le Maroc détient près de 70% des réserves connues.
Le moment donne à l’entretien une résonance particulière. En France, l’Assemblée nationale a adopté le 3 juin, contre l’avis du gouvernement, une loi durcissant fortement le seuil de cadmium autorisé dans les engrais phosphatés — un texte où les phosphates marocains, plus riches en ce métal lourd, étaient explicitement dans le viseur.
Au même moment, la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz après les frappes contre l’Iran faisait passer le soufre, sans lequel il n’y a pas d’engrais phosphaté, de 500 à 1 400 dollars la tonne en quelques semaines.
Et le 12 juin, deux des modèles d’intelligence artificielle les plus puissants jamais mis en service étaient suspendus pour l’ensemble de leurs utilisateurs, trois jours après le lancement public du premier, sur injonction de Washington. Invoquant le contrôle des exportations, l’administration américaine a en effet ordonné à Anthropic d’interdire l’accès de ses modèles Fable 5 et Mythos 5 à tout ressortissant étranger ; faute de pouvoir vérifier la nationalité de ses utilisateurs, l’entreprise les a suspendus pour tous. L’accès a été rétabli le 1er juillet — au grand public pour Fable 5, à une centaine d’organisations américaines agréées pour Mythos 5.
La dépendance, technologique comme logistique, n’a rien d’une hypothèse d’école.
