Lors de son intervention, mardi, au Parlement, Bouanou a déploré l’absence, dans ce bilan, de toute reconnaissance envers les Forces armées royales, la Gendarmerie royale, la Sûreté nationale, la Protection civile, les Forces auxiliaires et l’administration territoriale. Il s’est également interrogé sur l’omission d’autres catégories, notamment les Marocains du monde, ainsi que les victimes des inondations et du séisme.
Le responsable du PJD a par ailleurs relevé que le langage utilisé dans la présentation du bilan “diffère des précédents”, affirmant que certains passages contiennent “quelque chose d’intelligence artificielle”, notamment lorsqu’il est fait mention de la majorité et de l’administration en omettant d’autres catégories, ce qu’il a jugé “inacceptable”.
S’agissant des relations avec l’institution législative, Bouanou a indiqué que le chef du gouvernement n’a été présent que 37 fois sur 72 séances, évoquant un “évitement du contrôle”. Il a aussi précisé que plus de 30.000 questions parlementaires ont été posées, dont 18.000 seulement ont reçu une réponse, ajoutant que sur 480 propositions de loi, seules 18 ont été examinées.
Le député a également critiqué ce qu’il qualifie de “réussites” du gouvernement, citant notamment les conflits d’intérêts, les marchés de dessalement de l’eau, le dossier du fioul, le gaz naturel à Tendrara, ainsi que “les carburants importés de Russie à un prix et revendus aux Marocains à un autre”. Selon lui, l’exécutif a “réussi à normaliser la corruption” et à retirer des projets de loi qui devaient être rediscutés.
Concernant le soutien à l’importation de bovins, Bouanou a affirmé que les données dont dispose son groupe font état d’un montant de 61 milliards de dirhams entre 2021 et 2025, dont 13 milliards pour l’importation et un soutien direct de 500 dirhams ayant totalisé 470 millions de dirhams, en plus de 15 milliards de dirhams en devises. Il a ajouté que seuls 370 bénéficiaires en ont profité, dont 10 parlementaires, précisant que l’un d’eux, présent dans l’hémicycle, aurait reçu 15.000 têtes.
Dans le même sens, il a estimé que les chiffres relatifs au cheptel national sont “erronés”, notant que le prix des moutons atteint aujourd’hui environ 5.000 dirhams.
Bouanou a aussi dénoncé ce qu’il a appelé les “intermédiaires de l’eau”, en référence aux modalités d’attribution du marché de liaison hydraulique entre les bassins de Bouregreg et du Sebou. Selon lui, ce marché a été conclu par procédure négociée, sans publicité préalable ni concurrence, sur la base d’une dérogation datée du 27 décembre 2022, pour un montant de 5,9 milliards de dirhams, réparti entre quatre entreprises, directement désignées par le centre d’investissement agricole au lieu du ministère de l’Équipement et de ses agences.
Sur le pouvoir d’achat, le parlementaire a affirmé que 82 % des Marocains subissent une baisse, évoquant la hausse des prix des carburants “de 9 à 16 dirhams le litre”, de la viande bovine “de 80 à 120 dirhams le kilogramme”, et de la viande ovine “de 75 à 150 dirhams le kilogramme”, ainsi que celle des autres produits de base.
Il a également estimé que le gouvernement a “réussi dans les nominations partisanes au détriment de la compétence”, évoquant 730 nominations, et signalé 11.000 mouvements de protestation en 2022 et 10.000 en 2023, avant un recul en 2024, considérant que l’ensemble des catégories sociales ont manifesté.
Enfin, Bouanou a critiqué les chiffres de croissance et d’emploi, jugeant que l’annonce d’un taux de 4,5 % relève de la “tromperie”, et que la promesse de création d’un million d’emplois est inexacte, avançant que le chiffre réel serait d’environ 94.000.
Il a conclu en déclarant que “le gouvernement est sorti de la course avant d’atteindre l’arrivée et a dévié de la trajectoire avant la phase de performance”, estimant que cette période est l’une des pires qu’ait connues le Maroc, les politiques publiques ayant, selon lui, favorisé les plus aisés au détriment des plus modestes.
