Six choses à retenir du dernier rapport de l’Observatoire marocain de la TPME

En 2024, le tissu entrepreneurial marocain reste largement structuré autour des très petites, petites et moyennes entreprises. Les entreprises personnes morales atteignent 380.230 unités, en progression de 1,3% sur un an, confirmant une dynamique modérée mais continue. Cette évolution est toutefois contrastée selon les régions, tant par la taille des entreprises que par leur répartition sectorielle. Voici six conclusions du dernier rapport de l’Observatoire marocain de la très petite, petite et moyenne entreprise.

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14 245 entreprises, personnes morales, ont été déclarées défaillantes en 2023. Crédit: DR

1. Une écrasante majorité de petites structures

La structure du tissu productif demeure inchangée dans ses grands équilibres. Les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 10 millions de dirhams représentent 94% de l’ensemble national. Les PME, définies par un chiffre d’affaires compris entre 10 et 175 millions de dirhams, pèsent 5,5%, tandis que les grandes entreprises ne constituent que 0,5% du total.

La forme juridique dominante reste la SARL, qui concentre près de 52% des entreprises, même si la SARL à associé unique continue de gagner du terrain, avec une hausse de 6,4% entre 2023 et 2024, portant sa proportion à 43,1%. Cette configuration confirme la prépondérance d’entreprises de petite taille, souvent récentes, faiblement capitalisées et concentrées sur des activités à rotation rapide.

2. Un tissu économique fortement polarisé géographiquement

La concentration territoriale reste l’un des traits marquants de l’économie des TPME. L’axe Tanger-El Jadida concentre à lui seul près des deux tiers des entreprises personnes morales. La région de Casablanca-Settat domine largement, tant en nombre qu’en flux, en accueillant 36,8% des créations en 2024. Elle est suivie des régions Marrakech-Safi et de Rabat-Salé-Kénitra, chacune représentant un peu plus de 13% des nouvelles entreprises.

Cette polarisation se retrouve également dans les agrégats économiques. Casablanca-Settat concentre 59% du chiffre d’affaires national cumulé et 60% de l’encours total de crédit bancaire alloué aux entreprises. La région Casablanca-Settat confirme ainsi son rôle central dans l’activité économique formelle.

3. Créations et dissolutions : un renouvellement rapide

Près de 96.000 entreprises, personnes morales et physiques confondues, ont été créées en 2024, dont environ 68.000 personnes morales. Cette progression de 2% est portée par les personnes morales, en hausse de 5,5%, tandis que les créations de personnes physiques reculent de 5,7%.

Les nouvelles entreprises restent quasi exclusivement de très petite taille. En effet, 98,5% des nouvelles créations en 2024 concernent des microentreprises qui affichent un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions de dirhams, et la quasi-totalité déclare un chiffre d’affaires inférieur à 1 million de dirhams.

En parallèle, les dissolutions progressent plus rapidement que les créations. En 2024, 11.596 entreprises personnes morales ont cessé leur activité, soit une hausse de 6,3% par rapport à 2023. Plus de la moitié avaient moins de cinq ans d’existence, marquant un taux de rotation élevé, particulièrement dans le commerce et la construction, qui concentrent à eux seuls près de la moitié des dissolutions.

4. Chiffre d’affaires et valeur ajoutée : une valeur concentrée

Le chiffre d’affaires cumulé des entreprises personnes morales atteint 2.628 milliards de dirhams en 2024, en hausse de 9,4%. Toutefois, cette progression cache une forte concentration. En effet, les entreprises de moins de 10 millions de dirhams ne contribuent qu’à 9,7% du chiffre d’affaires total, contre 63,7% pour les grandes entreprises.

La valeur ajoutée suit une tendance similaire. Elle s’établit à 536,5 milliards de dirhams, en progression de 16,6%, mais près des deux tiers (64,7%) sont générés par les grandes entreprises en 2024. Trois secteurs concentrent plus de la moitié de cette richesse : l’industrie manufacturière, le commerce et la construction. Cette hiérarchie sectorielle confirme le poids dominant de l’industrie, notamment dans les segments exportateurs.

5. Emploi : un rôle central mais fragmenté

En 2024, les entreprises personnes morales ont déclaré plus de 4,06 millions d’emplois à la CNSS, en hausse annuelle de 2%. Les entreprises de moins de 10 salariés constituent 86,1% des unités déclarantes, mais ne concentrent que 36,2% des emplois déclarés. À l’inverse, les grandes entreprises, bien que marginales en nombre, emploient près de 30% des adhérents à la CNSS.

Près de 73% des salariés perçoivent encore moins de 4.000 dirhams par mois

La masse salariale atteint 221,8 milliards de dirhams, en hausse de 8,6%. Malgré les deux revalorisations successives du SMIG (+5% en septembre 2022 puis en septembre 2023), près de 73% des salariés perçoivent encore moins de 4.000 dirhams par mois. Les femmes représentent 32,4% des emplois déclarés, mais restent proportionnellement surreprésentées dans la tranche de salaire inférieure ou égale au SMIG.

6. Accès au financement et entrepreneuriat féminin

En 2024, 150.584 entreprises ont bénéficié de crédits bancaires, pour un encours total dépassant 630 milliards de dirhams. Les grandes entreprises captent près de 59% de cet encours, contre 20% pour les entreprises réalisant moins de 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires. Les entreprises de plus de dix ans concentrent à elles seules plus de 72% du crédit bancaire.

L’entrepreneuriat féminin progresse lentement. Plus de 60.000 entreprises sont dirigées par des femmes, soit 15,5% du total. Elles sont davantage présentes dans les secteurs de services, de la santé et de l’enseignement, mais ne captent qu’un peu plus de 10% de l’encours total du crédit bancaire. Cette dissociation entre poids démographique et accès au financement demeure une caractéristique structurelle du tissu des TPME.

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