Cancer du col de l'utérus : le Maroc vaccine trop peu, trop tard

Alors que le ministère de la Santé met en avant une baisse continue du taux d’incidence du cancer du col de l’utérus et le déploiement d’une stratégie nationale axée sur la prévention, le dépistage et la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), les associations alertent sur les limites du dispositif, le manque de sensibilisation et l’accès inégal aux soins, plaidant pour une généralisation du vaccin contre le HPV.

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Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a révélé, fin décembre, l’enregistrement d’environ 50.000 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus par an, toutes formes confondues, au Maroc. Ce cancer occupe la quatrième place chez les femmes, avec une proportion de 6,5 % et un taux d’incidence d’environ 8,3 cas pour 100.000 femmes.

Plus important encore, ces indicateurs sont en baisse continue ces dernières années, alors que le cancer occupait auparavant la deuxième place avec 12,8 % et un taux d’incidence de 13,46 cas pour 100.000 femmes.

Dans sa réponse à une question adressée par la députée parlementaire Latifa Chrif du parti de l’Union socialiste, le ministre a expliqué que son département a fait de la lutte contre le cancer du col de l’utérus une priorité nationale, en l’intégrant au Plan national de lutte contre le cancer 2020-2029, conformément aux engagements internationaux du Maroc et aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé visant à l’éliminer comme problème de santé publique.

Le ministre a précisé que cette stratégie nationale repose sur trois axes : premièrement, la prévention, à travers l’intégration de la vaccination contre le virus du papillome humain (HPV) dans le Programme national d’immunisation depuis 2022, en plus des campagnes de sensibilisation et de communication ; deuxièmement, le dépistage précoce, via un programme ciblant les femmes âgées de 30 à 49 ans, actuellement déployé dans 61 préfectures et provinces, offrant des services de dépistage à environ 500.000 femmes par an, et renforcé par 59 centres de référence de santé reproductive.

Le vaccin : seul moyen efficace de prévention

Latifa Chérif, présidente de l’association Les Amis du Ruban rose

Dans ce contexte, Latifa Chérif, présidente de l’association Les Amis du Ruban rose, a déclaré à TelQuel Arabi que le cancer du sein est le plus répandu, suivi du cancer du col de l’utérus, qui touche une femme sur huit. Le dépistage précoce contribue à l’augmentation du nombre de cas diagnostiqués chaque année, et la maladie touche un nombre croissant de jeunes femmes. Elle reste cependant un sujet tabou, tandis que le coût des examens est élevé pour la majorité des Marocaines, et que les chiffres annoncés ne reflètent pas fidèlement la réalité.

La présidente de l’association a souligné que le vaccin contre le virus du papillome humain est le seul moyen de sauver, à l’avenir, la vie des femmes marocaines. Toutefois, regrette-t-elle, le ministère limite actuellement la vaccination aux filles âgées de 11 ans, alors que dans les pays développés, les filles et les garçons de 9 à 14 ans sont vaccinés.

Elle a également relevé l’absence de campagnes de sensibilisation mettant en avant l’importance de ce vaccin. La majorité des Marocains ignorent l’existence du virus du papillome humain (HPV) et du vaccin lui-même, et les médecins devraient, eux aussi, le recommander davantage.

“Le dépistage du virus du papillome humain devrait être obligatoire dans le programme national”

Latifa Chérif, présidente de l’association Les Amis du Ruban rose

Concernant le cancer du sein, elle a indiqué que “premièrement, il faut élargir le champ du dépistage, car les statistiques se limitent aux femmes prises en charge dans les grands centres d’oncologie, tandis que les autres restent totalement inconnues du ministère. Le dépistage du virus du papillome humain devrait être obligatoire dans le programme national”.

Elle a ajouté que “les femmes rurales manquent de culture du dépistage médical et ne sont pas conscientes de son importance. De plus, le dépistage demeure coûteux, même avec une couverture médicale, sauf lorsqu’il est imposé en raison d’un indice de risque élevé”.

Elle a également estimé que “le ministère doit former ses cadres médicaux et paramédicaux à la sensibilisation et à la communication avec le public, et qu’il est nécessaire de créer des unités spécialisées dans la sensibilisation et le soutien psychologique des patients atteints de cancer”.

Elle a conclu en déclarant : “Le ministère parle de partenariat public-privé, alors pourquoi ne pas établir un partenariat avec les associations ? Il existe d’anciens patients qui ont terminé leur parcours de soins et sont devenus des patients-partenaires. Pourquoi ne pas leur accorder une place dans le parcours de prise en charge ?”.

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