Ce qui s’est passé
La ville druze de Soueida, dans le sud de la Syrie, panse ses plaies après des affrontements ayant fait plus de 500 morts depuis dimanche. Jeudi 17 juillet, les troupes gouvernementales se sont officiellement retirées de la province, sur ordre du président intérimaire Ahmad al-Chareh, afin d’éviter selon lui une “guerre ouverte” avec Israël.
Le retrait militaire a été acté dans la nuit, les troupes ayant reçu l’ordre de se redéployer peu avant minuit. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) et des témoins ont confirmé que la province est désormais sous la responsabilité de groupes locaux et de dignitaires druzes, selon l’annonce du président Chareh.
Pourquoi c’est important
Cette décision intervient alors qu’Israël avait menacé de frapper plus durement si le gouvernement syrien ne quittait pas Soueida. La tension régionale est exacerbée par une situation sécuritaire explosive, marquée par des violences communautaires entre tribus sunnites et druzes, l’intervention des forces syriennes, et des frappes israéliennes sur Damas – dont l’une a détruit une aile du quartier général de l’armée syrienne.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré que le cessez-le-feu avait été obtenu “par la force”.
Ce qu’ils en disent
“Nous avons donné la priorité à l’intérêt des Syriens plutôt qu’au chaos”
Dans un discours télévisé, Ahmad al-Chareh a justifié son retrait en invoquant la nécessité d’éviter un bain de sang et en dénonçant l’ingérence israélienne. Il a salué la médiation américaine, arabe et turque, qui aurait permis d’éviter un scénario de chaos généralisé.
“Nous avons donné la priorité à l’intérêt des Syriens plutôt qu’au chaos”, a-t-il déclaré.
La porte-parole du département d’État américain, Tammy Bruce, avait également appelé le pouvoir syrien à quitter la zone de conflit. Les États-Unis, bien qu’alliés d’Israël, soutiennent Chareh malgré son passé jihadiste, dans une logique de stabilisation.
Le bilan humain
L’OSDH fait état de plus de 500 morts, dont 83 personnes exécutées sommairement par les ministères de la Défense et de l’Intérieur syriens. Sur place, les habitants de Soueida décrivent une ville dévastée : cadavres dans les rues, morgue débordée, familles en détresse.
“C’est comme si la ville sortait d’une inondation”, témoigne Hanadi Obeid, médecin de 39 ans.
Ahmad al-Chareh a promis de tenir pour responsables les auteurs d’exactions contre la communauté druze, affirmant que celle-ci était placée “sous la protection de l’État”.
Contexte et conséquences
Les affrontements ont éclaté entre tribus bédouines sunnites et combattants druzes, sur fond de tensions communautaires anciennes. L’intervention de l’armée, censée rétablir l’ordre, a été perçue comme hostile aux druzes.
Le président Chareh avait déjà promis justice après le massacre de centaines d’Alaouites en mars – promesse restée sans suite. Le doute persiste donc sur la mise en œuvre réelle de ses engagements.
À la frontière du Golan annexé, des familles druzes syriennes tentent de fuir vers Israël. Plusieurs ont franchi les barbelés à Majdal Shams, espérant retrouver leurs proches.
