Dirigée par Youssef Bokbot, archéologue et professeur à l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) à Rabat, cette recherche prouve l’existence de communautés locales bien établies, qui non seulement pratiquaient l’agriculture et l’élevage, mais entretenaient également des échanges commerciaux et des contacts culturels avec le reste du bassin méditerranéen.
“Situé sur un promontoire rocheux dominant la vallée de l’Oued Laou, Kach Kouch occupait un emplacement stratégique à proximité du détroit de Gibraltar. Ce lieu aurait permis aux habitants de contrôler un passage entre la mer Méditerranée et les montagnes du Rif, facilitant ainsi les échanges commerciaux et culturels avec d’autres régions”, précise l’étude.

Les fouilles ont révélé trois phases d’occupation distinctes :
• La plus ancienne, datée de 2200 à 2000 avant J.-C. (phase KK1), correspond à la transition entre l’âge du cuivre et l’âge du bronze. Peu de vestiges ont été retrouvés, ce qui suggère soit une occupation limitée, soit un remaniement et un déplacement des couches anciennes. Les rares objets découverts incluent des fragments de poterie, des silex et des ossements de bovins.
• Les phases suivantes, particulièrement celle datée de 1300 à 900 avant J.-C. (KK2), illustrent un village agricole stable avec des maisons en torchis et des fosses pour le stockage. On observe également des liens avec la péninsule Ibérique et d’autres régions méditerranéennes, comme en témoigne la découverte d’un fragment métallique en bronze.
• La phase KK3 (VIIIe–VIIe siècles av. J.-C.), qui correspond à la période qu’il est maintenant convenu d’appeler Maurétanienne 1, coïncide avec l’arrivée des Phéniciens dans la région, et la fondation de Lixus. On constate alors une continuité des maisons en torchis, mais aussi des changements dans les techniques de construction avec l’apparition de bâtiments rectangulaires avec des soubassements en pierres, inspirés des modèles phéniciens. De la poterie tournée, typique de cette culture, a également été retrouvée. Pourtant, les traditions locales ne disparaissent pas totalement : les habitants continuent à utiliser le torchis et certaines formes de poteries traditionnelles.
L’abandon du site autour de 600 av. J.-C. pourrait être lié à des changements économiques et sociaux, à commencer par la fondation de nouveaux établissements côtiers, explique l’étude.
Cette découverte pourrait non seulement enrichir notre compréhension de la préhistoire récente du Maghreb, mais aussi modifier la perception de l’Afrique du Nord avant l’arrivée des Phéniciens.
“Les découvertes de Kach Kouch remettent en question l’idée reçue selon laquelle l’Afrique du Nord était peu développée avant l’arrivée des Phéniciens. Ce site prouve que les populations locales avaient déjà une économie agricole avancée et entretenaient des échanges avec le monde méditerranéen bien avant cette période”, note l’étude.
Aussi, les habitants de Kach Kouch n’étaient pas passifs face aux influences extérieures : “bien au contraire, ils ont intégré certains éléments culturels étrangers tout en conservant leurs traditions, créant ainsi une culture hybride”, poursuit la même source.
Cette découverte devrait ainsi permettre de “repenser la préhistoire récente de l’Afrique méditerranéenne, qui apparaît désormais comme un espace dynamique d’échanges, d’innovations et d’identités plurielles. Les recherches futures pourront révéler l’existence d’autres sites similaires, contribuant ainsi à enrichir notre compréhension des sociétés préhistoriques du Maghreb”, conclut l’étude.
