Tensions entre Washington et Moscou après la chute d’un drone américain en mer Noire

Les tensions restent vives mercredi, au lendemain d’un incident aérien en mer Noire, entre les États-Unis qui accusent l’aviation russe d’avoir fait chuter un drone américain et Moscou qui dément et appelle Washington à cesser les vols “hostiles” près de ses frontières.

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Un drone américain MQ-9 Reaper en phase de test au dessus du désert du Nevada, le 14 janvier 2020. Crédit: US AIR FORCE / AFP

Nous partons du principe que les États-Unis s’abstiendront de spéculations ultérieures dans l’espace médiatique et cesseront leurs vols près des frontières russes”, a déclaré sur le réseau Telegram l’ambassadeur russe aux États-Unis, Anatoli Antonov.

Nous considérons toute action avec recours à des armements américains comme ouvertement hostile”, a-t-il souligné, assurant que “la Russie ne cherche pas de confrontation et reste pour une coopération pragmatique dans l’intérêt des peuples de nos pays”.

L’armée russe dément

Notre drone MQ-9 effectuait des opérations de routine dans l’espace aérien international quand il a été intercepté et percuté par un avion russe, entraînant le crash et la perte du MQ-9”, avait déclaré mardi le général James Hecker, commandant des forces aériennes américaines en Europe, confirmant des informations révélées plus tôt par l’AFP sur un incident impliquant un drone Reaper en mer Noire.

Il avait précisé qu’avant la collision de l’un des chasseurs russes Su-27 avec le drone endommageant l’hélice, ils avaient largué du carburant et survolé l’appareil à plusieurs reprises.

“Les actions agressives des équipages russes pourraient aboutir à des malentendus et une escalade involontaire”

Armée américaine

L’armée russe a démenti avoir provoqué la chute de l’appareil, tout en reconnaissant que deux de ses chasseurs l’avaient intercepté mardi. C’est la première fois depuis le début du conflit en Ukraine le 24 février 2022 qu’un pays de l’OTAN, soutien de l’Ukraine, reconnaît perdre un équipement opéré par lui-même dans cette région hautement inflammable.

Il s’agit d’un acte dangereux et non professionnel des Russes”, avait souligné le haut gradé américain. “Les drones des États-Unis et des alliés continueront à opérer dans l’espace aérien international”, avait-il ajouté en appelant les Russes à “se comporter de manière professionnelle”. “Les actions agressives des équipages russes pourraient aboutir à des malentendus et une escalade involontaire”, avait insisté l’armée américaine.

Un porte-parole de la Maison Blanche, John Kirby, avait dénoncé un “acte irréfléchi” des Russes, notant qu’il y avait déjà eu dans le passé des interceptions de drones américains par des avions russes, mais que cet incident était “unique” dans la mesure où il avait abouti à la perte du Reaper.

En guise de protestation, le département d’État américain a convoqué Anatoli Antonov, et l’ambassadrice des États-Unis à Moscou, Lynne Tracy, a adressé un message au ministère russe des Affaires étrangères. “Nous sommes en contact directement avec les Russes, au niveau des hauts responsables, afin de leur transmettre notre forte objection face à cette interception”, avait déclaré à la presse le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price.

Selon le ministère russe de la Défense, le drone américain avait été détecté “dans la zone de la péninsule de Crimée” et avançait “en direction” des frontières de la Russie.

L’appareil volait “avec des transpondeurs éteints” et avait violé “la zone du régime provisoire d’utilisation de l’espace aérien établie pour mener l’opération militaire spéciale” en Ukraine, selon le ministère. Il a été intercepté par deux chasseurs russes qui ne l’ont pas heurté et n’ont pas entraîné sa chute, avait-il ajouté.

L’appareil “a commencé un vol non contrôlé avec une perte d’altitude et a heurté la surface de l’eau”, selon le ministère russe. “Les chasseurs russes n’ont pas utilisé leurs armements, ne sont pas entrés en contact avec le drone et sont rentrés sans encombre à leur base”.

Les Américains répondent

Nous réfutons le démenti de la Russie”, avait rétorqué sur CNN John Kirby, ajoutant que les États-Unis avaient “pris des mesures” pour récupérer leur appareil.

Le drone Reaper est un aéronef — 20 mètres d’envergure — piloté à distance équipé de capteurs embarqués pour la surveillance, ainsi que d’armement. Volant à une vitesse de croisière de 335 km/h, il bénéficie d’une autonomie de plus de 24 heures.

Selon le porte-parole du Pentagone, le brigadier général Pat Ryder, le drone était “incapable de voler et incontrôlable donc nous l’avons fait descendre”. Il a indiqué qu’à ce stade, il n’y avait pas eu de contacts entre militaires russes et américains à ce sujet.

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Le ciel de la mer Noire est le théâtre de très régulières interactions entre des drones et des aéronefs des pays de l’OTAN et les forces armées russes, en particulier depuis le début de la guerre en Ukraine. “Avec la crise actuelle, on a une augmentation du nombre de vecteurs de reconnaissance vers la Crimée, avec du Reaper, que l’on n’avait pas avant. Et en fonction de la situation, cela peut énerver les Russes”, souligne un expert français sous couvert d’anonymat.

Les alliés occidentaux de l’Ukraine, qui livrent depuis le début du conflit des armements à Kiev pour l’aider à se défendre, ne sont pas directement impliqués sur le territoire ukrainien, de crainte d’une escalade avec la puissance nucléaire russe.