En 1966, dans un laboratoire du MIT, la secrétaire de Joseph Weizenbaum demande à son patron de quitter la pièce. Elle veut parler en privé. Pas avec un collègue… mais avec un programme informatique. Pendant des mois, elle a pourtant regardé son boss coder “Eliza” de ses propres mains. Elle en connaît la mécanique élémentaire : quelques règles qui reformulent vos phrases en questions. Peu importe, face à la machine qui imite un psychothérapeute, elle se confie, s’attache et lui prête une âme. Stupéfait, Weizenbaum baptisera le phénomène « l’effet Eliza« .
Soixante ans plus tard, l’anecdote est plus que jamais d’actualité. Les avancées de l’IA générative placent au centre de l’actualité l’idée d’une intelligence artificielle similaire à celle de l’humain. C’est ce que les spécialistes appellent l’AGI, pour “Artificial general intelligence” (Intelligence artificielle générale). Elle désigne un stade hypothétique où une machine égalerait, voire dépasserait, les capacités cognitives humaines sur n’importe quelle tâche.
Elle s’oppose à l' »IA étroite » (narrow AI), celle que l’on connaît aujourd’hui : des systèmes brillants, mais cantonnés à un domaine. Et la question dépasse désormais la philosophie : pour certains, l’échéance se précise. Demis Hassabis, patron de Google DeepMind, estime l’arrivée de l’AGI à 2030, à un an près. Il y voit l’aube d’une « nouvelle ère humaine ».
