Lundi 18 mai, la séance des questions orales à la Chambre des représentants tourne à l’orage. La guest-star du jour : Ahmed El Bouari, ministre RNI de l’Agriculture, sommé de répondre aux questions des élus sur les mesures prises, ou à prendre, pour endiguer la flambée des prix des moutons à l’approche de l’Aïd.
Au Parlement, le ministre de l’Agriculture Ahmed El Bouari (RNI) a affirmé que les marchés connaissent actuellement une offre abondante de bétail, avec des prix variant entre 1.000 et plus de 5.000 dirhams selon la qualité et les catégories. Le ministre a appelé les députés à se… pic.twitter.com/rLTcMyXSy4
— TelQuel (@TelQuelOfficiel) May 20, 2026
La séance est présidée par Driss Chtibi, député de Sefrou sous l’étendard de l’Union socialiste des forces populaires (USFP, opposition). Mais c’est le Mouvement démocratique et social (MDS, majorité) qui ouvre le bal en évoquant la cherté des prix des moutons. Les élus du MP, du PAM, du PPS et du RNI lui emboîtent le pas.
Facebook Vs les souks
Ahmed El Bouari s’empare du micro et commence par remercier opposition et majorité d’avoir posé une si importante question. Disposant d’assez de temps de parole, il en consacre une bonne partie à débiter les chiffres que l’on connaît déjà : les 30,7 millions de têtes d’ovins et de caprins dont dispose le Maroc selon le recensement d’août 2025, l’offre actuelle pour l’Aïd al-Adha qui est de 9 millions de têtes pour une demande oscillant entre 6 et 7 millions de bêtes. Le ministre revient aussi sur les mesures prises en matière de contrôle sanitaire du cheptel et des aliments pour bétail. Avant d’en venir à l’essentiel : les prix des moutons de sacrifice.

“Actuellement, les souks sont bien fournis et les prix commencent à partir de 1000 dirhams. Quant à ce qui circule sur Facebook et la meilleure qualité, c’est des paroles en l’air. Sortez dans les souks et vous allez voir. J’ai les données de tous les souks du Maroc. Il y a des moutons à 1000 dirhams et d’autres à 2500 dirhams. La cherté n’existe que sur Facebook”, affirme Ahmed El Bouari, sous les rires moqueurs et les protestations indignées.
Sauvé par les chiites, les communistes et les islamistes
Les députés reprennent aussitôt la parole, pointant des chiffres qui n’ont rien à voir avec la réalité. Driss Sentissi, député du MP, assure ainsi que le prix du mouton dépasse le SMIG, qui est de 3200 dirhams. Mais au moment où il s’apprête à donner des exemples concrets en se basant sur les prix pratiqués à Boulemane, il est interrompu : il a épuisé son maigre temps de parole.
Sans se laisser démonter, Ahmed El Bouari revient à la charge. “Moi, je sors et je vais dans les souks. Les spéculateurs, je les connais pas. Et que celui qui les connaît nous les désigne”, tonne-t-il.
En parallèle, après avoir tenté de ramener le calme parmi les élus qui s’emportent, Driss Chtibi s’en prend aux députés du PJD, les qualifiant de “chiites communistes”. Mustapha Ibrahimi, élu islamiste, proteste vivement et demande à ce que ces propos soient retirés du PV de la séance.

La séance est alors levée par le président Chtibi. Elle reprend 25 minutes plus tard, mais sans le calme requis.
La pause a toutefois été profitable au ministre. Il s’est aperçu qu’il était à l’ouest et revoit sa copie, ramenant la fourchette de départ à 2000-2500 dirhams. “Les prix vont baisser et tous les Marocains vont avoir leur mouton”, insiste-t-il.
L’opposition continue d’en douter et c’est Nadia El Kansouri, élue du PJD, qui résume le ressenti de millions de Marocains : “1000 dirhams ne vous suffiraient même pas pour acheter un chat”.
