Un remède pire que le mal

Par Yassine Majdi

Une instance de régulation doit-elle prendre en compte le contexte politique dans lequel elle opère ? Le Conseil de la concurrence, avec son avis de 146 pages sur la distribution du médicament publié en mars dernier, vient de prouver que oui. À force de vouloir tout diagnostiquer en même temps, il a bloqué le décret qui devait faire baisser les prix de vos médicaments.

Rappelons les faits. En ce début d’année 2026, un décret révisant les modalités de fixation des prix des médicaments, en préparation depuis un an, est en phase finale de validation. Un consensus avait été péniblement atteint entre le ministère de la Santé, les laboratoires pharmaceutiques et les pharmaciens. Les économies attendues étaient considérables : un milliard de dirhams par an selon le ministre, plusieurs milliards selon d’autres sources. Le texte était négocié et avait fait l’objet d’un accord de principe. Il ne manquait que sa signature et sa publication au Bulletin officiel. Ce n’est toujours pas fait.

“En posant simultanément tous les sujets qui divisent, 
le Conseil a donné à chaque acteur une raison de se retirer du consensus difficilement construit sur les prix”

Yassine Majdi

Pourquoi ? Parce qu’en mars 2026, au moment même où ce décret était sur le point d’aboutir, le Conseil a publié un avis sur l’ensemble de la chaîne de distribution du médicament. Ouverture du capital des officines, marges des grossistes, rémunération des pharmaciens, statut des cliniques… tous les dossiers sensibles, tous les sujets qui divisent depuis des années, réunis dans un seul et même document. Le diagnostic est rigoureux. Les pistes sont intéressantes.

Mais si l’avis ne touche pas directement au décret sur les prix, il l’a pourtant torpillé. En posant simultanément tous les sujets qui divisent, le Conseil a donné à chaque acteur une raison de se retirer du consensus difficilement construit sur les prix.

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Les pharmaciens — qui ont adhéré au décret — ont utilisé le rapport comme prétexte pour faire volte-face : Sit-in devant le Conseil le 9 avril, note d’opposition quatre jours plus tard. Un texte consensuel est redevenu un dossier conflictuel. Et ce blocage a un gagnant : les laboratoires pharmaceutiques, dont les marges excessives restent celles du décret de 2013. L’inaction coûte à tout le monde, sauf à ceux qu’elle arrange.

“Nous n’avons rien bloqué”, nous assure Ahmed Rahhou, président du Conseil. Il estime que la réforme doit être globale (prix du médicament, autorisation de mise sur le marché et remboursement) et qu’il faut tout examiner en même temps, sachant que la réglementation actuelle permet au gouvernement de renégocier les prix. Soit.

Mais le président d’une institution constitutionnelle connait le temps politique. Il sait quand un accord est fragile. Le Chef du gouvernement l’avait lui-même saisi en novembre 2025 pour avis sur le décret des prix. Il avait les deux dossiers entre les mains. Ses recommandations sur le décret n’ont pas été rendues publiques. Mais le diagnostic sur la distribution, lui, l’a été, avec les dégâts que l’on sait. En voulant bien faire mais en ignorant le contexte politique, le Conseil a fini par tout bloquer.

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