Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé leur attaque contre l’Iran. Téhéran, Ispahan, Qom, Kermanshah. L’ayatollah Khamenei a été tué. En représailles, Téhéran a tiré des centaines de missiles sur Israël et les monarchies du Golfe.
Des deux côtés, ce sont les civils qui paient le prix. Plus de 1000 morts en Iran. Des victimes à Abu Dhabi, à Bahreïn, à Beit Shemesh en Israël. L’aéroport de Dubaï touché. Le Burj Al Arab endommagé. Le monde regarde, sidéré. Ce qui s’effondre sous les bombes, ce n’est pas seulement Téhéran, c’est l’illusion d’un ordre.
Ce qui se joue en Iran dépasse l’Iran. Ce n’est pas un avertissement adressé au régime des mollahs. C’est une démonstration de puissance brute adressée à la région tout entière. Pas de nucléaire, même civil. Pas de missiles à longue portée. Pas de puissance régionale autonome. Quiconque nourrira les mêmes ambitions sera oblitéré.
L’ambition est claire : un Moyen-Orient sous hégémonie israélienne, adossée à la machine américaine. Les conditions dictées par ce binôme. Et personne ne s’y oppose. Les monarchies du Golfe, malgré les centaines de milliards de pétrodollars investis dans l’économie américaine, se sont tues. La Russie, partenaire stratégique de Téhéran et puissance nucléaire, a dénoncé une “agression non provoquée” sans bouger d’un pouce. La Chine, seule puissance à avoir osé une guerre commerciale frontale avec Washington, s’est contentée de demander un cessez-le-feu. Au Conseil de sécurité, la paralysie est totale. Tout le monde a des leviers. Personne ne les utilise. C’est précisément ce qui rend le binôme intouchable.
Rabat a joué son playbook à la perfection. Condamnation ferme des tirs iraniens contre les pays du Golfe. Silence total sur les bombardements américano-israéliens. Le roi a appelé personnellement les dirigeants émiratis, bahreïnis, koweïtiens et saoudiens.
“Il y a dans les rues de Rabat et de Tanger, dans les foyers qui regardent les images de Téhéran en feu, une douleur que la raison d’État ne peut pas éteindre”
Bourita n’a prononcé aucun mot sur l’opération “Epic Fury”. Ce silence est cohérent. L’Iran est un adversaire qui a armé le Polisario. Washington est l’architecte des avancées marocaines sur le Sahara. L’État a choisi. Il assume. Mais il y a dans les rues de Rabat et de Tanger, dans les foyers qui regardent les images de Téhéran en feu, une douleur que la raison d’État ne peut pas éteindre. On ne regarde pas une école de filles réduite en cendres à Minab sans que quelque chose se brise.
Le vrai vertige n’est pas moral. Il est stratégique. Le Maroc savait avec qui il dealait. Il savait surtout pourquoi. Et il en a accepté le prix. Ce qu’il n’avait peut-être pas mesuré, c’est la nature profonde de l’allié. Une puissance capable de bombarder un pays souverain sans mandat, d’assassiner des responsables en plein jour, et devant laquelle ni Pékin, ni Moscou, ni les Nations Unies ne peuvent rien.
Cet allié a tout donné au Maroc : la reconnaissance de la marocanité du Sahara, l’effet domino qui s’en est suivi et les pourparlers en cours. Mais ce qui a été offert d’un trait de plume peut être repris d’un trait de plume. Avec un allié aussi imprévisible, autant ne jamais baisser la garde. Le Sahara exige ce pragmatisme. Il n’interdit pas la lucidité. Ni, quelque part, la peur.
Frappes militaires, tensions diplomatiques, flambée du pétrole, routes maritimes bouleversées, marchés financiers sous pression…
La guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis redessine déjà les équilibres géopolitiques et économiques mondiaux.Pourquoi le Maroc condamne-t-il… pic.twitter.com/O8sCIXvGPP
— TelQuel (@TelQuelOfficiel) March 10, 2026
