Faut-il se réjouir de la guerre contre l’Iran ?

Par Abdellah Tourabi

Dans cette nouvelle crise qui secoue le Moyen-Orient, commençons par une évidence afin d’éviter toute confusion : l’État iranien, en tant que régime politique et dictature théocratique, est indéfendable. Depuis 1979, date de la création de la République islamique d’Iran, ce régime s’est basé sur la répression et l’avilissement de ses propres citoyens.

Pendant plus de quatre décennies, il a également été un facteur de déstabilisation dans toute la région à travers un jeu d’alliances et de proxys, dont l’ultime finalité était de protéger le pouvoir en Iran. Les Syriens, les Libanais et les Irakiens en savent quelque chose. Même à des milliers de kilomètres de Téhéran, le Maroc n’a pas échappé aux manœuvres des dirigeants iraniens. Mais ces raisons sont-elles suffisantes pour approuver la guerre israélo-américaine contre l’Iran ? La réponse est non.

“Tout le discours sur le changement de régime, l’assistance au peuple iranien et l’élimination d’une dictature n’est qu’une propagande à laquelle plus personne ne croit”

Abdellah Tourabi

Tout d’abord, cette guerre est un énième clou dans le cercueil du regretté droit international. Il s’agit d’une opération voulue par Israël, soutenue par Donald Trump, et qui se déroule en dehors de tout cadre légal. Elle n’est qu’une pure démonstration de puissance militaire et le désir manifeste d’une hégémonie israélienne dans la région. Tout le discours sur le changement de régime, l’assistance au peuple iranien et l’élimination d’une dictature n’est qu’une propagande à laquelle plus personne ne croit. Les années 2000 ont été le cimetière, dans tous les sens du terme, de ce genre d’arguments fallacieux.

Ensuite, une suprématie absolue d’Israël au Moyen-Orient n’est une bonne chose pour personne, y compris pour l’État hébreu lui-même. Cela signifierait la fin de tout espoir de paix entre Israéliens et Palestiniens, le renforcement d’un gouvernement fanatique et criminel et l’absence de tout équilibre dans la région. La pax israeliana est porteuse d’injustices et de frustrations qui ne peuvent aboutir qu’à d’autres crises et conflits.

Enfin, l’effondrement d’un pays comme l’Iran ne serait pas une donnée réjouissante. Personne ne pourrait imaginer les conséquences d’un éventuel chaos dans un pays aussi vaste, fort de ses 90 millions d’habitants et occupant une position géographique aussi stratégique. L’histoire récente — en Libye, en Irak et en Syrie — nous a appris que l’effondrement brutal d’un régime n’engendre pas la démocratie et le bonheur de sa population, mais bien le néant.

“En tant que nation d’équilibre et de modération, il est à parier que personne au Maroc ne souhaite une situation de chaos en Iran”

Abdellah Tourabi

Pour le Maroc, la République islamique d’Iran n’a jamais été un régime amical. Nous connaissons tous l’histoire des rapports tumultueux entre les deux pays. Mais en tant que nation d’équilibre et de modération, il est à parier que personne au Maroc ne souhaite une situation de chaos en Iran.

Les conséquences d’une telle situation auraient un impact économique et géostratégique majeur, y compris sur le royaume. Le Maroc a également choisi d’inscrire la solution du dossier du Sahara au sein du droit international et de ses institutions. Il n’est pas certain que l’anéantissement de ce droit, comme c’est le cas avec l’opération israélo-américaine, soit une bonne nouvelle. Ne pas aimer le régime iranien est une chose, soutenir une guerre sans fondement légal en est une autre.

à lire aussi