Les doctorants chercheurs marocains n’exploitent pas de la même façon les outils de l’intelligence artificielle pour le besoin de leur thèse. C’est ce que révèle une étude intitulée : “Défis du doctorant au Maroc”. Quels impacts l’utilisation de cette technologie a–t-elle sur les doctorants chercheurs ? Dans quelle mesure peut-elle altérer leur esprit critique ? Comment les professeurs, dirigeants de thèses, font-ils face aux tentatives de plagiat assisté par l’IA ? et quelles recommandations pour une intégration éthique et constructive de l’IA dans les universités marocaines ? Le point avec Hosna Hossari, professeure de l’enseignement supérieur, au sein du laboratoire de recherche “Nouvelles pratiques de gestions”, à la Faculté des sciences économiques, juridiques et sociales (FSEJS) de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, et co-réalisatrice de l’étude :“Défis du doctorant au Maroc”.
TelQuel. Le recours à l’IA semble être une option incontournable pour les étudiants marocains, notamment les doctorants chercheurs. Une technologie dont ils ont besoin pour exécuter diverses tâches allant de la rédaction, la traduction, la reformulation, la correction, l’analyse de données, entre autres. Quels avantages et quels effets cette technologie présente-t-elle pour nos doctorants ?
Hosna Hossari : Pour moi, l’intelligence artificielle n’est plus une simple tendance dans le monde académique. Elle influence déjà nos pratiques de recherche, y compris au niveau doctoral. Au fil de mes expériences d’évaluation des travaux de thèses, j’ai vu ces outils s’intégrer progressivement dans le travail des doctorants. Je n’y vois pas une dérive en soi, à condition que leur usage soit réfléchi et pleinement encadré.

Un point me paraît essentiel : la transparence. Déclarer les outils mobilisés dans un travail scientifique n’est pas un détail technique, mais une exigence d’intégrité. Cette clarté contribue à préserver la crédibilité de la recherche et à former des chercheurs responsables.
“L’IA ne remplace pas la pensée du chercheur. La responsabilité intellectuelle demeure humaine. Le discernement et l’honnêteté scientifique ne s’automatisent pas”
L’apport de l’IA est réel. Elle peut alléger certaines tâches techniques ou répétitives et permettre aux doctorants de consacrer davantage d’énergie à l’essentiel : formuler une problématique solide, structurer une argumentation, analyser les données et développer une réflexion personnelle. Elle peut aussi soutenir la qualité rédactionnelle, notamment pour celles et ceux qui rédigent dans une langue qui n’est pas la leur.
Cela dit, l’IA ne remplace pas la pensée du chercheur. Elle peut accompagner, suggérer, organiser — mais la responsabilité intellectuelle demeure humaine. Le discernement et l’honnêteté scientifique ne s’automatisent pas.
Je fais confiance à nos doctorants. Ils évoluent dans un environnement numérique qu’ils maîtrisent généralement bien. Notre rôle n’est pas d’alimenter la méfiance, mais d’instaurer un cadre exigeant et de transmettre une culture de responsabilité. C’est à cette condition que l’IA peut devenir un levier académique plutôt qu’un facteur de fragilisation.
