D’emblée, l’auteur prévient : Pigiste au Monde n’est pas un livre “sur” le journal au sens institutionnel, ni une chronique de ses coulisses comme on dévoilerait des secrets. C’est un récit d’expérience, une traversée intime d’un milieu, d’un tempo, d’une époque.
Au fil des années, Ben Jelloun écrit pour des rubriques très différentes : Le Monde des livres, Le Monde aujourd’hui, Le Monde diplomatique, et aussi pour le service Étranger. Cette diversité lui permet de passer d’une écriture critique et littéraire à une attention plus directement tournée vers l’actualité internationale.
Le livre recompose ainsi une sorte de cartographie personnelle du journalisme : les espaces où l’on pense, ceux où l’on raconte, ceux où l’on informe, ceux où l’on analyse. Mais derrière les pages, il y a surtout la réalité concrète du travail : les commandes, les attentes implicites, le rapport au style, la place donnée à une voix, la tension permanente entre ce qu’on veut écrire et ce qu’on peut publier.
«Pigiste au Monde»
200 DH
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Un livre sur la mémoire
Le moteur du récit tient dans une alternance de moments de ferveur et de contrariété. Ferveur, quand l’auteur éprouve le sentiment rare d’être au bon endroit : quand une idée rencontre un lecteur, quand une chronique trouve sa forme, quand un texte semble nécessaire. Contrariété, quand les règles du jeu éditorial rappellent leur puissance : la hiérarchie des sujets, les arbitrages invisibles, les frustrations liées au statut de pigiste, la sensation d’être interchangeable ou tenu à une marge.
Sans régler de comptes, Ben Jelloun montre ce que cette position produit : une vigilance accrue, parfois une blessure d’orgueil, souvent une lucidité sur les rapports de pouvoir dans la fabrique de l’information.
Au fond, Pigiste au Monde est aussi un livre sur la mémoire. “Je retrace une époque. Je me souviens” écrit-il. Mais l’auteur se méfie de ses propres souvenirs : ils peuvent enjoliver le passé ou l’assombrir.
Cette réserve donne sa tonalité au texte : c’est moins une autobiographie triomphante qu’une méditation sur ce que le temps fait aux scènes vécues, aux émotions professionnelles, aux rencontres, aux déceptions. Le livre tient alors comme un carnet de bord rétrospectif, où l’on voit se superposer l’histoire d’un homme qui écrit, l’évolution d’un paysage médiatique, et la fragilité de toute vérité racontée après coup.
«Pigiste au Monde»
200 DH
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Pigiste au Monde, de Tahar Ben Jelloun, aux éditions Gallimard.
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