Il ne vous aura pas échappé, chers lecteurs, que, depuis cette épouvantable finale de CAN – ça fait déjà plus d’un mois –, notre instance footballistique a sombré dans un mutisme inquiétant. Nous sommes passés d’une suractivité spectaculaire, d’une mobilisation totale, d’un bruit permanent à… rien du tout, soudain. La paralysie. Le silence.
Nous ne savons pas qui va diriger notre équipe lors de la prochaine Coupe du Monde, et nous ne savons même pas qui ne va pas la diriger, c’est assez étrange. Va-t-on changer de coach ou le garder, modifier son staff, ou alors, carrément ne rien faire ? Et pourquoi ne pas aller chercher un technicien étranger pour reprendre le poste, ou privilégier la piste interne, car il y a des postulants respectables ? Dieu seul le sait. Certaines voix se sont élevées pour critiquer ce mode de gestion, une masse de tristes sires qui exigent d’être informés, ils veulent comprendre ce qu’il se passe.
“Il y a une Coupe du Monde qui arrive, et il est couramment admis qu’il faut s’y présenter avec un coach…”
Une telle attitude, outre son infinie arrogance, est une injure lancée à notre tradition administrative ancestrale. Zakaria Boualem, qui se targue désormais de connaître notre histoire, peut vous assurer que ce qu’il se passe actuellement est parfaitement conforme à nos usages. Ne rien dire, c’est un signe de grande sagesse. Car, quand on parle, on ouvre la porte à la critique, c’est mécanique. Mais quand on ne dit rien, on provoque certes des réactions, mais elles sont étalées dans le temps.
Chacun finit par réaliser qu’on nous prend pour des calamars, mais il le fait tranquillement, à son rythme, selon sa propre sensibilité. Il n’y a aucune réaction brutale, juste une prise de conscience lente et progressive, c’est la théorie de la grenouille dans l’eau qui bout. Entre-temps, une bonne partie du public se sera fatigué, il sera passé à autre chose, écrasé par son quotidien implacable, frappé par le double impact de la déshydratation et de l’hypoglycémie.
“Ô combien d’affaires avons-nous réglées en les ignorant ! Tel est le crédo, historique, de notre administration, avec des siècles de mise en pratique”
Oui, voilà pourquoi le silence est la meilleure solution. Ô combien d’affaires avons-nous réglées en les ignorant ! Tel est le crédo, historique, de notre administration, un mantra puissant, rodé, poli par des siècles de mise en pratique. Bien sûr, il y a une Coupe du Monde qui arrive, et il est couramment admis qu’il faut s’y présenter avec un coach.
Mais, encore une fois, il ne faut pas transiger avec le respect de nos traditions, surtout pendant ce mois sacré. Il faut honorer la procédure. Attendre la dernière minute, nommer quelqu’un en catastrophe, monter une liste à vive allure, puis faire appel à la niya, implorer les puissances surnaturelles, embrasser les mamans et demander leur baraka pour nous porter vers les lumières du succès. C’est ainsi que nous avons triomphé au Qatar.
Le mode hamla, ce déchaînement d’énergie concentré sur une courte période, voilà notre expertise. Décider que les trottoirs doivent être conformes et tout casser, mais seulement dans cette rue, voilà notre mode opératoire. Le chef d’œuvre de cette technique, c’est l’Aïd le grand, avec plusieurs millions de bêtes transportées, vendues, abattues, rôties et bouillies en quelques jours, sans le moindre accroc dans les chaînes logistiques. Et surtout sans le moindre mail, surtout pas.
La planification, la régularité, il faut laisser tomber ces diableries. Et privilégier l’improvisation, le jazz, se mettre l’objectif en tête et naviguer à vue jusqu’à, plus ou moins, l’atteindre, ou pas. Nous avons donc largement le temps de nous inventer un staff, une équipe et même un style de jeu d’ici au Mondial, faites-vous confiance, et merci.
