Parlez-nous du Sahara, c’est aussi notre autre cause

Par Yassine Majdi

C’est un fait majeur. Les 8 et 9 février, à l’ambassade américaine de Madrid, le Maroc, l’Algérie, le Polisario et la Mauritanie se sont retrouvés pour la première fois en sept ans. Vingt-quatre heures de pourparlers. Et un résultat que la diplomatie marocaine peut revendiquer : c’est le plan d’autonomie marocain, et lui seul, qui a constitué le cadre des discussions. Pas le “document du Polisario”. Pas une proposition algérienne alternative.

“Parlement régional, Exécutif, fiscalité, tribunaux, forces de sécurité, clause de sauvegarde constitutionnelle… L’Algérie et le Polisario discutent désormais sur la base du projet marocain. Et c’est une victoire considérable
”

Yassine Majdi

Le plan marocain. Quarante pages, structurées article par article, avec un modèle institutionnel complet : parlement régional, Exécutif, fiscalité, tribunaux, forces de sécurité, clause de sauvegarde constitutionnelle… L’Algérie et le Polisario discutent désormais sur la base du projet marocain. Et c’est une victoire considérable.

Cette victoire s’inscrit dans une séquence d’une remarquable cohérence. Résolution 2797 en octobre. Ralliement européen en janvier. Plan détaillé sur la table à Madrid en février. À chaque étape, le Maroc impose le rythme. Les adversaires sont réduits à l’obstruction : un comité technique chargé d’“évaluer les aspects pratiques”, autrement dit, de ralentir au maximum.

Washington voulait un black-out total sur Madrid. Il n’a pas tenu. Le média El Confidencial avait révélé l’existence du plan dès le 7 février. El País en a confirmé les contours. Un analyste a décortiqué le texte sur les réseaux sociaux, détaillant un parlement monocaméral, une clause de subsidiarité, un mécanisme de double légitimité pour le Chef du gouvernement régional, et un référendum national soumis à l’ensemble du corps électoral marocain.

à lire aussi

La mission américaine à l’ONU a publié un communiqué. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a confirmé la présence de l’envoyé du Secrétaire général Staffan de Mistura au point presse des Nations Unies. L’Espagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares, a publié une vidéo sur les réseaux sociaux soulignant l’importance du Maroc, de l’Algérie et de la Mauritanie et la nécessité d’un consensus régional. L’Algérie, elle, fait comme si la réunion n’avait jamais existé, se contentant de commenter la rencontre parallèle entre son ministre des Affaires étrangères Attaf et Albares.

Chacun a sa stratégie de communication. Sauf le Maroc. Aucune prise de parole officielle. Pas même une tentative de donner le “la” sur le récit de ce qu’il s’est passé à Madrid. Résultat : ce sont les autres qui racontent aux Marocains ce que leur propre pays négocie. Mais il nous reviendra à nous Marocains, le moment venu, de voter ce plan. La question n’est pas de savoir si les Marocains l’approuveront. Ils l’approuveront.

“Autant traiter les Marocains en adultes. Autant leur expliquer, dans la mesure où la situation le permet, ce qui se négocie en leur nom à Madrid”

Yassine Majdi

Le dévouement du peuple marocain pour le Sahara n’a jamais fait défaut. La question est celle de la co-construction. En novembre, la réunion organisée à l’initiative du Cabinet royal avait envoyé un signal fort : les conseillers royaux avaient convié les chefs de partis pour actualiser le plan d’autonomie. On passait d’une approche top-down à une démarche inclusive. “Le Sahara, c’est aussi votre projet”, disait en substance le Palais aux forces vives de la nation. Trois mois plus tard, le plan existe. Il est ambitieux. Mais entre une réunion au sommet et une véritable dynamique de co-construction, le chemin à parcourir est encore long.

La confidentialité des négociations est compréhensible. Mais Madrid a démontré que le secret absolu est une fiction. Autant traiter les Marocains en adultes. Autant leur expliquer, dans la mesure où la situation le permet, ce qui se négocie en leur nom. Qu’est-ce qu’un parlement régional monocaméral ? Que signifie le partage des compétences entre Rabat et la région ? En quoi l’autonomie empêche la sécession au lieu de la provoquer ? Un peuple qui comprend ce qu’on négocie est un peuple qui peut le défendre, pas seulement par l’émotion, mais par l’argument.

à lire aussi