Durant les années 1990, le Maroc est confronté à deux grands défis mondiaux qui imposent des changements majeurs : la mondialisation et la transition démocratique. La première désigne la libre circulation des capitaux, le démantèlement des protections douanières et tarifaires et la consécration de l’économie de marché comme seul mode de gestion possible et imaginable ; tandis que la deuxième dynamique impose la démocratie libérale, le respect des droits de l’homme et le pluralisme comme l’ultime horizon politique de l’humanité, auquel tout le monde doit souscrire.
L’histoire politique et économique du Maroc, pendant cette période, est la somme des décisions prises pour s’adapter aux contraintes de ces deux vagues. La fin du règne de Hassan II et le début de celui de Mohammed VI sont marqués par le poids de ces défis, et chaque souverain a tenté d’y répondre à sa manière et avec son style.
« Le Maroc va devoir relever trois défis planétaires : le changement climatique, le rapport à l’IA et l’essoufflement du modèle démocratique libéral”
Actuellement, nous faisons face à trois nouveaux défis planétaires qui conditionneront le visage du Maroc pendant les décennies à venir : le changement climatique, le rapport à l’intelligence artificielle et l’essoufflement du modèle démocratique. La nature des réponses qui y seront données est déterminante.
La succession dramatique des années de sécheresse et les inondations des dernières semaines nous ont démontré les effets concrets du changement climatique. Plus rien ne ressemblera à ce que l’on connaissait autrefois. Notre rapport à l’eau et à l’énergie, la place de l’agriculture, la durabilité même du monde rural, l’urbanisme et les normes de construction dans nos villes… tant d’autres aspects fondamentaux vont changer inexorablement. Nos réponses à ce basculement majeur sont marquées, pour le moment, par le sceau de l’urgence et de la gestion technique.
La portée et les dimensions du deuxième défi sont multiformes et totales. L’irruption de l’intelligence artificielle dans nos vies quotidiennes aura évidemment un impact positif — développement spectaculaire de la médecine, accès à l’information, etc. —, mais ses conséquences pourraient également être dévastatrices. Avec des pans entiers de notre économie terriblement affectés. Les classes moyennes, éduquées et présentes dans l’économie des services, sont fortement menacées. Les lieux de formation et de connaissance (école, université…) doivent être repensés totalement, car leur raison d’être même sera remise en question.
Enfin, le Maroc n’échappe pas à l’essoufflement du modèle démocratique libéral. Face au déclin d’attractivité des institutions de représentation — partis et parlement peinant à mobiliser —, le pays oscille entre l’exigence de participation citoyenne et la tentation d’une efficacité autoritaire. Ce dilemme est au cœur des choix futurs : comment refonder un contrat politique solide quand la technocratie semble prendre le pas sur la délibération. Sommes-nous prêts à répondre à ces défis ?
