Rassurez-vous : on ne va pas remuer le couteau dans une plaie qui saigne encore. On va parler d’avenir. Du “jour d’après”, encore. Mais pas de celui du foot africain. Celui du silence. Des rumeurs. De la non-communication. Nous sommes à quatre mois du Mondial, et le Maroc ne sait toujours pas, officiellement, qui sera son sélectionneur.
Partira, partira pas ? La Fédération royale marocaine de football (FRMF) dément avoir reçu une démission écrite, tandis que la rumeur du départ imminent de Walid Regragui enfle, change de dimension, se propage et s’impose comme un mauvais refrain. Démenti, oui. Confirmation, non. Et c’est là que tout se joue : démentir sans confirmer, c’est laisser la porte entrouverte. C’est surtout très différent de février 2024, quand le renouvellement de confiance avait été assumé, nommé, signé, posé sur la table. Quelques jours après l’élimination de la CAN en Côte d’Ivoire.
Alors on se retrouve dans un bon vieux western. La scène culte : deux cowboys face à face, immobiles, les yeux dans les yeux. Qui va dégainer en premier ? La FRMF, Walid, ou la presse ? On a l’impression de revoir Le Bon, la brute et le truand. Sauf que l’enjeu n’est pas la gloire ni les dollars, c’est la sérénité d’un groupe à reconstruire. Alors on s’est permis de renommer un classique de Sergio Leone : Le Banc, la brume et le démenti. Mais pendant que les silhouettes se jaugent, la vie continue : la FRMF annonce déjà les adversaires du rassemblement de mars : l’Équateur le 27 à Madrid, le Paraguay le 31 à Lens. Le Maroc change d’air et va retrouver ses supporters à travers le monde. Le Maroc change d’air et va retrouver sa diaspora.
Walid est revenu de France après s’y être ressourcé. C’est humain de prendre du recul. Mais le recul peut vite ressembler à une fuite
Walid, lui, est revenu de France après s’y être ressourcé, pour prendre du recul. Très humain. Très compréhensible. En communication de crise, le silence peut être une technique : laisser passer l’orage, éviter d’ajouter une phrase de trop, ne pas donner de prise aux interprétations. Mais dans ce genre de tempête, le recul peut vite ressembler à une fuite. Parce qu’il y a un moment où le silence n’apaise plus, il nourrit. Vendredi 6 février, le site Foot Mercato lâche l’information qu’on soupçonnait depuis des semaines : “Walid a démissionné”. La FRMF dément fermement. Walid, lui, ne bouge pas. Pas un mot. Ni via ses réseaux, ni via un canal officiel, ni via un simple message qui couperait court. Rien. Le silence, encore.
Oui, le choc d’une finale perdue à la maison laisse des traces. Oui, il met fin à des cycles. Oui, les Lions ont besoin de renouveau — et Walid aussi, peut-être. Mais le renouveau ne se fabrique pas à coups de non-dits. Et c’est peut-être pour ça que Regragui et Fouzi Lekjaâ se sont rencontrés mercredi 11 février au Complexe Mohammed VI, sans rien laisser fuiter. La logistique est ficelée, les matchs sont programmés, les dates existent. Il ne manque qu’une chose : la vérité officielle.
Et c’est ça le plus violent, un mois après : on nous demande d’être prêts, de tourner la page, de regarder vers le Mondial… alors qu’on refuse de nous dire qui tiendra le livre. Pourtant, ne pas communiquer, c’est communiquer. Quand le silence devient la seule bande-son, il finit par ressembler à une politique : celle de l’autruche. À force de jouer au plus rapide à dégainer, on oublie un détail : le duel n’est pas entre nous. Il est contre le temps.
