Comment ça fonctionne ?
“Ce n’est pas un application supplémentaire”, rassure d’entrée le président de la CNDP, Omar Seghrouchni, le 10 février, lors de la présentation d’Idarati x.0, mais d’un “point d’entrée unique” vers les services de l’État. Dans la continuité du portail Idarati, qui concentre 660 services en ligne, cette nouvelle plateforme rassemblera au sein d’une “méta-application” l’ensemble des institutions souhaitant s’y trouver. Il s’agira donc d’un “wallet”, un portefeuille digital, qui permettra aux usagers d’accéder aux services tels que “le pass jeune, la carte de la CNSS, etc.”, détaille la ministre de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni. “Chaque institution aura un espace contenant un ensemble de services”, développe-t-elle. Pour schématiser : le wallet s’appuie sur un coffre-fort central – la carte d’identité nationale électronique, sous le contrôle de la DGSN – qui donne accès à des espaces dédiés, chacun correspondant à une institution.
Qui participe au projet ?
Huit institutions et entreprises ont signé le cadre de coopération : les ministères de la Jeunesse et du Transport, l’Agence nationale du cadastre (ANCFCC), la NARSA, la CNSS, IDAKTO, SHAREID et la Marocaine électronique des e-services. “C’est une liste ouverte. Chaque administration est la bienvenue, à son rythme et selon son niveau de digitalisation”, promet Amal El Fallah Seghrouchni. Ce cadre de coopération permettant une intégration modulée, les institutions contribueront au développement de l’application “en définissant ses options. L’architecture que nous prévoyons doit respecter l’autonomie des administrations.” In fine, la plateforme doit être “la plus riche possible. Dans votre portefeuille, si vous avez toutes les cartes qui permettent de vivre votre citoyenneté, vous êtes content”, conclut la ministre.
Quel est le modèle d’Idarati x.0 ?
Le ministère de la Transition numérique et la CNDP en sont persuadés : Idarati x.0 convaincra. Car outre la réduction des coûts inhérents au numérique, “le monde entier fonctionne avec des wallets, et aucune administration ne voudra être à la traîne”. Les deux institutions ont conduit une étude comparative des wallets proposés dans le monde – tout en tenant compte des spécificités marocaines et de l’infrastructure existante, notamment du cadre déjà fourni par la DGSN. Ils affirment s’être inspirés des travaux du Portugal, de la Chine, des Philippines (dont ils ont accueilli une délégation lors d’un workshop de trois jours) ou encore du Japon. De ce dernier a été tiré un principe de localité. “Dans tous les services qu’on essaie de mettre en place, on fait en sorte qu’il y ait au moins un guichet humain derrière”, assure la ministre.
La fin des déplacements ?
La sortie d’un nouvel outil numérique rime souvent avec de nouveaux trajets à la Mouqataâ. Cette fois-ci, Omar Seghrouchni l’assure : “Le citoyen ne doit pas être le coursier de l’administration”. Néanmoins, il prévient que le processus de simplification digitale ne doit pas négliger la fracture numérique. “Nous avons l’obligation constitutionnelle de donner les mêmes droits d’accès à l’ensemble des citoyens, peu importe leur niveau de digitalisation”, explique le président de la CNDP. Par ailleurs, au sein même de l’application, il s’agit de se déplacer le moins possible. “Aujourd’hui, si vous voulez accéder à un service un peu complexe, vous allez solliciter plusieurs administrations qui, chacune, vous demande les mêmes informations. Tout ça va être rationalisé. Notre leitmotiv est : ‘Dites-le nous une seule fois’”, insiste Amal El Fallah Seghrouchni.
Quand va-t-elle sortir ?
“Durée du travail : 6 mois”, affiche le PowerPoint du ministère – sans préciser la date exacte de sortie. Le ministère détaille quatre phases de travail. La phase de benchmark et cadrage, consistant à clarifier les usages de la méta-application, est d’ores et déjà menée, affirme la ministre. “Aujourd’hui, on est sur la partie architecture de la plateforme (phase 2, ndlr)”, continue-t-elle “et on va démarrer la preuve de concept (phase 3)”, signifiant la démonstration de la faisabilité par une réalisation expérimentale. Enfin, la quatrième phase consistera à chiffrer le projet pour chaque administration et à émettre des recommandations.
Quelles garanties de sécurité ?
Le ministère de la Transition numérique est conscient qu’une application regroupant l’ensemble des données des citoyens représente une cible pour les hackers. C’est la raison pour laquelle, quand bien même Idarati x.0 vise à proposer les services de différentes administrations, elle n’en détiendra pas les données. “On va décentraliser pour protéger et sécuriser les citoyens. Nous proposons une gestion sectorielle des identifiants”, affirme la ministre. Par ailleurs, l’application intégrera les principes de “privacy by design” (protection des données personnelles dès la conception) et de “security by design” (sécurité intégrée au système dès sa conception), s’engage-t-elle. Et de préciser que c’est aussi pour protéger l’ensemble des données du citoyen que le ministère “travaille avec la DGSSI et la DGSN”.
