Le centre-ville : Art déco et théâtre social
Dans le centre-ville de Casablanca, la marche devient une lecture presque archéologique. Pour comprendre le quartier, il faut lever les yeux. En partant de la Place Mohammed V — là où les jets d’eau font face au Palais de Justice —, on s’engage dans le boulevard du même nom. Ici, le promeneur croise l’imposant Hôtel Lincoln, dont la façade en dentelle de béton rappelle que la ville fut un laboratoire mondial de la modernité.
À quelques pas, le Marché central n’est pas qu’un lieu de commerce. C’est un temple de la mise en scène. On ne vient pas seulement y acheter des fleurs ou du poisson. Il faut s’arrêter pour un jus d’avocat aux fruits secs ou commander des huîtres de Dakhla. On y déjeune debout ou attablé, dans le brouhaha, au cœur de l’énergie de Casa.
En s’enfonçant en direction de la rue Idriss Lahrizi, on découvre le Passage Sumica, un joyau caché de l’architecture moderne et, un peu plus loin, les détails des balcons de l’immeuble Liberté. C’est une dérive qui demande de s’attarder devant les vitrines de librairies ou vendeurs historiques de costumes, derniers bastions d’une culture urbaine qui prend le temps.
Les Habous : le temps suspendu

Pour une marche plus silencieuse, il faut s’éloigner vers le quartier des Habous, construit dans les années 1920 pour loger les populations arrivant des campagnes. C’est une réinvention de la médina traditionnelle avec la rigueur de l’urbanisme moderne. Ici, les arcades protègent du soleil et invitent à la flânerie. Perdez-vous dans les ruelles commerçantes derrière le Palais royal. Le sol est propre, les murs sont blancs, et les boutiques d’artisanat y sont plus paisibles qu’ailleurs.
Il faut visiter le Palais de Justice (Mahkama du Pacha) et pas juste le regarder de l’extérieur. C’est un chef-d’œuvre de l’artisanat marocain : stucs, boiseries de cèdre et zelliges y sont d’une finesse absolue. On peut aussi faire un détour bien cliché par la pâtisserie Bennis. C’est ici que l’on trouve les meilleures cornes de gazelle de la ville.
Gauthier et le parc de la Ligue arabe : nouvel(le) air(e)

La marche nécessite des respirations. Le parc de la Ligue arabe, depuis sa rénovation, est devenu le pivot de cette nouvelle habitude citadine. Les immenses allées de palmiers créent une perspective qui calme le chaos environnant, les terrains de tennis et de basket-ball apportent une touche de vitalité.
Le lieu de pause ? Le café du club de pétanque au cœur du parc. Un endroit hors du temps où le cliquetis des boules de métal rythme les conversations. L’étudiant y côtoie le retraité en costume de lin. Pour un esprit plus contemporain, le coffee shop Brutt, non loin du parc, offre le meilleur du « new Casa ».
Le parc est le trait d’union vers le quartier Gauthier, le coin bobo chic de la ville. C’est un quartier qui se parcourt entre galeries d’art et boutiques de créateurs. On y visite la Villa des Arts, cette superbe demeure Art déco, un peu sous-estimée, transformée en centre culturel, dont le jardin est une oasis de calme.
La Corniche et El Hank : l’appel du grand large

Marcher à Casablanca, c’est aussi, tôt ou tard, se confronter à l’Atlantique. La construction de la nouvelle promenade maritime, qui relie la Mosquée Hassan II à la Corniche, a transformé le rapport des habitants à leur rivage.
L’itinéraire commence au pied de la mosquée, dont le minaret (de 210 mètres de haut) sert de phare permanent. On longe ensuite le mur d’enceinte de la vieille médina pour rejoindre le phare d’El Hank.
Cette une marche sensorielle : le cri des mouettes, le vent du large, les effluves d’iode…. On y croise les joggeurs, les familles, des bandes de Gen-Z qui font des vidéos Tiktok, comme les pêcheurs à la ligne.
Pour finir la marche avec une pause gourmande, rien ne vaut une friture de poisson au petit port de pêche. On y trouve des gargotes sans prétention où le poisson sort directement des barques. C’est le goût brut de l’Atlantique, loin du luxe des clubs de la Corniche.
Du CIL à Casa Anfa : de la nostalgie au futurisme

Ce dernier itinéraire est sans doute le plus spectaculaire en termes de contraste urbain. Il part du quartier historique du CIL (Comité interprofessionnel du logement) pour aboutir au nouveau centre névralgique, Casa Anfa.
On peut commencer par flâner dans les rues du CIL, le quartier des villas « paquebots » des années 1950, avec leurs lignes horizontales et leurs jardins luxuriants. La balade se poursuit vers le nouveau parc d’Anfa (Anfa Park), construit sur les anciennes pistes de l’aéroport du même nom. Le contraste entre les villas basses du CIL et les tours de Casablanca Finance City (CFC) est une illustration parfaite de Casablanca.
Entre ces deux quartiers, rien ne manque à l’appel en termes de gourmandises. On s’arrête chez Amoud pour une viennoiserie croustillante ou une brioche encore tiède, ou on opte pour une part de pizza à la coupe chez l’un des nombreux restaurants italiens du secteur. Puis, direction les pelouses ou les anciens morceaux de pistes d’atterrissage du parc. On y déguste son butin en regardant la nouvelle skyline casablancaise.
