Imaginons le communiqué suivant du Cabinet royal, quelques jours après les élections prévues en septembre prochain : “Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, accompagné de SAR le Prince héritier Moulay El Hassan, a reçu au Palais Royal de Rabat, M. Mohamed Chaouki, président du Rassemblement National des Indépendants, que le Souverain a nommé Chef du gouvernement et a chargé de former la nouvelle équipe ministérielle”. La majorité des lecteurs trouveront sans doute cette éventualité invraisemblable. Non par manque de respect à l’égard de la personnalité de M. Chaouki, mais en raison de la disproportion entre la “fiche de poste” du prochain patron de l’Exécutif et l’expérience politique du nouveau chef du RNI.
Les observateurs de la vie politique marocaine n’ont découvert M. Chaouki que lors du dernier mandat, en tant que président du groupe parlementaire du RNI et président de la commission des Finances. Il faisait partie des nouveaux visages adoubés par M. Aziz Akhannouch, qui l’a sorti de l’anonymat pour le propulser sur le devant de la scène politique. Mais cela n’en fait pas pour autant un candidat sérieux pour diriger un gouvernement censé gérer une séquence décisive de l’histoire du Maroc : la mise en place effective du plan d’autonomie, les grands chantiers de 2030, la mise à niveau du système de santé, les revendications récurrentes des mouvements sociaux et les enjeux liés aux mutations géopolitiques mondiales.
La désignation de M. Chaouki comme candidat unique à la succession de M. Akhannouch à la tête du RNI ramène le parti à ses proportions normales, voire historiques. Depuis sa création en 1977, le RNI n’a jamais eu la prétention d’être un parti hégémonique de conquête du pouvoir. C’était une agrégation de notables, de baronnies locales et un espace confortable de parachutage pour technocrates en partance pour le gouvernement. Aziz Akhannouch a métamorphosé le RNI grâce à ses moyens financiers incommensurables et ses réseaux tentaculaires, faisant du parti une puissante machine électorale. Sa décision subite (et contrainte ?) d’abandonner la présidence du RNI a chamboulé tous les calculs politiques de ses fidèles, mais également de ses adversaires. L’Istiqlal et le PAM respirent enfin et aspirent sérieusement à remporter les prochaines élections, tandis que le PJD de Benkirane, privé de son “meilleur ennemi”, doit adapter son discours à ce changement.
“Le RNI n’est pas à enterrer. Akhannouch continuera d’en être le vrai patron, le financier et le protecteur”
Pour autant, le RNI n’est pas à enterrer. Akhannouch continuera d’en être le vrai patron, le financier et le protecteur. Il ne pourra pas abandonner en rase campagne, à quelques mois des élections, ceux qui n’ont aucune existence politique sans lui. Si son implication ne sera ni aussi puissante ni déterminante que celle qui l’a conduit à la victoire en 2021, elle ne sera pas inexistante au point de laisser le RNI végéter et disparaître des radars. Mais une chose est quasi certaine : une séquence politique, celle de “l’ère Akhannouch”, se ferme progressivement au Maroc.
