L’initiative d’Amal El Fallah Seghrouchni s’appuie sur une vision ambitieuse, structurée et, surtout, pensée pour être actionnable. L’idée des instituts Jazari, par exemple, met à l’honneur de belle manière la R&D et la collaboration, souvent absentes des réflexions. Après l’avoir longuement écoutée, difficile de ne pas reconnaître une responsable pleinement consciente des enjeux, doublée d’une experte incontestable dans son domaine.
Mais cette lucidité ne suffit pas à dissiper toutes les interrogations. Le contexte politique, d’abord, ne peut être ignoré. Nous sommes en pleine année électorale. La ministre elle-même n’est en poste que depuis un peu plus d’un an. Et ce qu’elle lance dépasse largement le périmètre d’un seul département ministériel. La stratégie Maroc IA 2030 suppose l’engagement coordonné de plusieurs ministères, d’administrations lourdes et de structures aux temporalités souvent dissonantes.
Or, cette inertie administrative est structurellement incompatible avec le rythme de développement de l’intelligence artificielle. La Corée du Sud ou l’Union européenne se dotent par exemple de roadmaps datées, chiffrées, assorties de jalons précis pour mesurer leur avancement. Au Maroc, un tel document n’existe pas encore. Pour un pays qui ambitionne de se positionner dans le top 50 mondial de l’IA, il faut un véritable Plan Marshall technologique : clair, priorisé, financé et piloté au plus haut niveau de l’État.
