Depuis quelques semaines, un regain de vitalité semble animer la vie politique au Maroc. Après quatre années d’apathie, qui ont marqué la pire expérience parlementaire et politique que notre pays ait connue ce dernier quart de siècle, un nouveau souffle regagne les locaux de la Chambre des représentants. On y observe davantage de débats, d’interpellations et de positions claires et affirmées. Évidemment, les échéances électorales s’approchent et les partis souhaitent se démarquer, mais il y a aussi « les répliques » du séisme de la Gen Z qui continuent à produire leurs effets. Les manifestations des jeunes, il y a un mois, ont démontré le danger de la démission des acteurs politiques de leurs missions d’encadrement et de représentation. Actuellement, nous sommes devant une nouvelle séquence, avec des dynamiques qui semblent s’installer, et que nous proposons de décrypter ici.
“Si les élections se tenaient aujourd’hui, il y a de fortes possibilités de se retrouver avec le même trio en tête : le RNI, le PAM et l’Istiqlal”
Si les élections se tenaient aujourd’hui, il y a de fortes possibilités de se retrouver avec le même trio en tête : le RNI, le PAM et l’Istiqlal. Il ne faudrait chercher les clés de la réussite ni du côté du bilan ni du côté des réalisations, mais plutôt dans les réseaux de notables et l’argent. À l’aune de ces critères, Aziz Akhannouch est favori. Le RNI n’a aucune existence en dehors de la puissance financière et d’organisation de son président. Après l’évaporation de la menace Gen Z, qui exigeait son départ, Akhannouch reprend du poil de la bête et repart vers une nouvelle victoire pour son parti. Le Chef du gouvernement est impopulaire et décrié, et tout le monde veut sa peau politique, y compris au sein de sa propre majorité, mais il est prêt à mettre tous les moyens nécessaires pour arriver premier aux élections de 2026. Mais sera-t-il reconduit à la tête de l’Exécutif ? C’est la question à un milliard de dirhams.
L’Istiqlal se présente comme le challenger dans cette course. Le parti de Nizar Baraka tente de tirer profit de l’impopularité du Chef du gouvernement et ne manque pas d’occasion pour se désolidariser du bilan global de l’Exécutif. L’Istiqlal étoffe son réseau de notables et renforce sa présence, notamment au Sahara, où les esprits sont déjà obnubilés par le projet d’autonomie dans cette région du royaume. Mais le parti souffre d’un problème d’incarnation politique et d’identité, qui ont fait la puissance de l’Istiqlal depuis sa création. Plus personne ne semble savoir ce qu’il représente ni ce qu’il défend comme idées et projet. Quant au PAM, il est évident que la formule d’une direction collégiale a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolu. Le parti a voulu profiter de la séquence Gen Z pour se démarquer politiquement, mais la parenthèse s’est refermée rapidement. Un coup d’accélérateur tarde à venir et le parti est empêtré dans ses propres contradictions et pesanteurs internes. Dans l’opposition, le PJD veut transformer sa présence rhétorique au parlement en sièges aux prochaines élections. Il est possible qu’il arrive à en grignoter quelques-uns, mais la vague islamiste est derrière nous et le temps des grandes victoires électorales est révolu. Tout ça devant le regard du ministère de l’Intérieur, angoissé par le spectre de l’abstention et affichant son ambition d’assainir les listes des candidats aux élections. Mais il suffit d’un simple événement, d’un accident de l’histoire pour changer cet instantané, cette image Polaroid de la vie politique actuelle de notre pays.
