Parce qu’on vient de loin

Par Yassine Majdi

Il y a des victoires qui se mesurent à l’aune du chemin parcouru. Celle qui vient de s’écrire au Conseil de sécurité des Nations Unies appartient à cette catégorie. Entre le 20 avril 2016 et octobre 2025, le Maroc a réussi l’impensable : transformer une crise majeure avec l’ONU en une consécration internationale de sa souveraineté sur ses provinces du Sud.

Rappelons-nous 2016. Cette année-là, Ban Ki-moon, alors Secrétaire général de l’ONU, qualifiait la présence marocaine au Sahara “d’occupation”. Le mot est lâché. L’affront est considérable. Mohammed VI réagit avec une véhémence inhabituelle, dénonçant des “manœuvres orchestrées” et accusant le chef de l’ONU d’être “instrumentalisé”. La réponse marocaine est spectaculaire : l’expulsion d’une partie des effectifs civils de la Minurso. Le royaume entre alors en confrontation ouverte avec l’organisation internationale censée pourtant arbitrer le conflit.

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Neuf ans plus tard, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution qui consacre explicitement la proposition marocaine d’autonomie comme “base” des négociations futures. Le plan du Polisario disparaît purement et simplement des textes onusiens. Le Conseil de sécurité affirme qu’une “autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait constituer la solution la plus réalisable”. De l’humiliation à la consécration, le renversement est total.

Cette victoire n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’aboutissement d’un travail diplomatique acharné, mené sur tous les fronts, sans relâche, pendant près d’une décennie. Au cœur de cette stratégie, le rôle de Mohammed VI s’est avéré déterminant. Le souverain n’a pas simplement supervisé l’action diplomatique : il l’a incarnée, personnellement, à travers une diplomatie royale audacieuse et méthodique. Les reconnaissances américaines et françaises et cette résolution du 31 octobre ne sont pas de simples gestes diplomatiques. Elles sont le fruit d’une vision royale qui inscrit les provinces du Sud dans le temps long et dans la profondeur des alliances stratégiques du royaume.

Il y a aussi ces diplomates marocains qui se sont battus dans l’ombre, dans les commissions onusiennes, les réunions multilatérales, les grands sommets internationaux… Combien de nuits blanches pour faire changer une virgule, un adjectif, une formulation dans les résolutions consacrées au Sahara ? Combien d’heures  de négociations pour transformer un “prend note” en “se félicite”, pour remplacer un “crédible” par un “sérieux et crédible” ? Point par point, paragraphe par paragraphe, ils ont grignoté du terrain, imposé le vocabulaire marocain, déconstruit celui de l’adversaire.

“Savourons cette réussite. Elle est le fruit d’une détermination sans faille, d’une stratégie pensée sur le long terme”

Yassine Majdi

Il ne faut pas oublier les corps diplomatiques déployés pour faire vaciller des élus, convaincre des ministres, influencer des chefs d’État… En plus du travail d’infiltration des think tanks britanniques, les missions auprès des parlementaires espagnols, les pressions économiques calibrées, les rappels d’ambassadeurs et les tensions assumées. Avec la France, l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Maroc n’a pas hésité à provoquer des crises pour obtenir des avancées. Les relations glaciales avec Paris entre 2022 et 2023, la rupture quasi-totale avec Madrid après l’affaire Ghali, les tensions avec Berlin… autant de séquences douloureuses mais nécessaires qui ont toutes débouché sur des reconnaissances plus poussées de la marocanité du Sahara. Cette stratégie de la tension contrôlée s’est révélée payante.

La résolution d’octobre 2025 marque donc un tournant historique. Elle acte ce que le Maroc n’a cessé de répéter : le temps du référendum d’autodétermination tel que conçu par le Polisario est révolu. La dimension référendaire, symbolisée par le “r” de Minurso, appartient désormais au passé. Le Conseil de sécurité lui-même reconnaît que le “momentum” est du côté marocain. Certains doutes subsistent certes, comme la définition de cette “autonomie véritable” que le texte évoque sans la préciser. Mais, pour l’heure, savourons cette réussite. Elle est le fruit d’une détermination sans faille, d’une stratégie pensée sur le long terme, d’un refus de subir l’ordre établi. En 2016, le Maroc était dos au mur. En 2025, il impose ses conditions. Cette trajectoire prouve qu’en diplomatie, rien n’est jamais joué d’avance. À condition d’avoir le courage de bousculer, la patience de construire, et l’intelligence de saisir chaque opportunité.

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