Automobile : le marché marocain repasse la seconde

Après deux ans d’activité hésitante, le marché automobile marocain repasse la vitesse supérieure. En neuf mois, les ventes se sont envolées de 35 %, franchissant le cap des 166 854 unités écoulées à fin septembre 2025, contre 122 950 un an plus tôt. Une reprise confirmée, qui replace le secteur sur ses rails d’avant-crise.

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Image d'illustration générée par IA

Porté par la relance de la demande et l’effet d’entraînement du Salon Auto Expo, organisé du 18 au 28 septembre 2025 et consacré cette année aux véhicules hybrides et électriques, le marché a connu un véritable coup d’accélérateur. Selon les données de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), plus de 20 000 voitures ont été immatriculées en un seul mois, soit une hausse de 40,7 % par rapport à septembre 2024. Une envolée directement liée à l’effervescence du salon, qui a attiré près de 30 000 visiteurs à Casablanca et marqué le retour de la grande vitrine automobile après quatre ans d’absence.

Les classiques tiennent la route

Dans ce contexte de rebond, les acteurs historiques confirment leur solidité, tandis que les nouveaux arrivants profitent de la dynamique pour se faire une place. Dacia reste indétrônable : avec 4 170 véhicules particuliers écoulés en septembre et 23,2 % de part de marché, la marque conforte sa position de leader. Renault suit avec 3 528 ventes (+81 %), devant Hyundai (1 267 unités, +26,5 %). Peugeot (1 040 unités) et Volkswagen (1 020 unités) complètent le Top 5. Les marques populaires gardent la main, portées par un réseau dense et des offres adaptées au pouvoir d’achat local.

Mais derrière ces piliers du marché, la donne change. Les marques chinoises — BYD, Chery ou encore Soueast — s’invitent dans le jeu avec des croissances à trois chiffres : +633 % pour BYD, une percée spectaculaire. Leur recette : prix agressifs, équipements généreux et positionnement malin entre les citadines économiques et les SUV familiaux. Une offensive qui commence à bousculer les habitudes des distributeurs installés et à redistribuer les équilibres d’un marché longtemps dominé par les constructeurs européens.

Les particuliers mènent la danse

La reprise, ce sont d’abord eux : les particuliers. Avec 147 994 immatriculations à fin septembre, en hausse de 34,7 % sur un an, ce segment concentre près de neuf ventes sur dix au Maroc. Le seul mois de septembre a enregistré 17 980 livraisons (+41,7 %), tandis que les utilitaires légers ont progressé de 33,2 % à 2 284 unités.

Une dynamique qui ne doit rien au hasard, mais à un enchaînement de signaux positifs sur le terrain : promotions de rentrée, meilleure disponibilité des modèles et baisse progressive des taux de financement. Selon la dernière enquête trimestrielle de Bank Al-Maghrib, le taux débiteur global a poursuivi sa décrue, passant de 4,98 % à 4,84 % entre le premier et le deuxième trimestre 2025. Une baisse de 14 points de base qui confirme l’assouplissement des conditions de financement observé depuis le début de l’année.

Dans ce climat, les distributeurs rivalisent d’ingéniosité pour capter un consommateur redevenu attentif : reprise de l’ancien, livraison rapide, crédit assoupli. Après deux ans de prudence, l’envie d’acheter revient, et le marché retrouve son souffle.

Des prix enfin raisonnables

L’autre bonne nouvelle vient des tarifs. Après deux années de flambée liée aux tensions sur les chaînes logistiques et à l’envolée des matières premières, les prix automobiles se stabilisent.
« Aujourd’hui, les prix reviennent progressivement à des niveaux plus raisonnables. Depuis le début de l’année, on observe même une tendance à la baisse », explique Abdelouahab Ennaciri, président de l’AIVAM, rencontré en marge du dernier Salon de l’automobile.

Selon lui, cette correction a redonné de l’air à la demande : « Certains modèles hybrides sont proposés à partir de 180 000 dirhams. On trouve aussi des véhicules de bonne taille en essence dès 140 000 à 150 000 dirhams. » Un retour à des niveaux jugés plus en phase avec le pouvoir d’achat, d’autant que l’offre se diversifie sur tous les segments — citadines, SUV compacts, utilitaires — et que la concurrence s’intensifie avec l’arrivée de nouvelles marques asiatiques.

Les importateurs se montrent néanmoins prudents : les marges restent contraintes par le coût du transport maritime et les variations du dirham, tandis que la concurrence pousse à revoir les modèles économiques. Mais le consommateur, lui, profite pleinement de cette accalmie.

Maintenir la vitesse

Les perspectives demeurent positives. Le Maroc entre dans une phase d’investissements publics et privés majeurs — infrastructures, mobilité urbaine, chantiers liés à la CAN 2025 et à la Coupe du monde 2030 — autant de projets qui dopent l’activité économique, soutiennent le pouvoir d’achat et créent de nouvelles opportunités pour la mobilité individuelle et professionnelle.

« Le marché va continuer à progresser, notamment grâce aux investissements importants en cours. (…) La concurrence et les volumes contribueront aussi à tirer les prix vers le bas », anticipe le président de l’AIVAM.

Le défi, à moyen terme, sera donc de maintenir la dynamique tout en accompagnant la transformation du parc automobile : électrification, renouvellement des flottes, développement du leasing vert et adaptation du réseau d’entretien aux nouvelles motorisations.

L’émergence des technologies hybrides et électriques, encore minoritaires mais promises à une croissance rapide, constitue un tournant stratégique pour tout l’écosystème.

Après deux ans d’attente et un millésime 2025 marqué par un retour de la confiance, le marché marocain semble prêt à aborder une nouvelle étape : celle de la maturité — entre transition, innovation et consolidation.