Une question d’exigence

Par Yassine Majdi

Le football marocain traverse une révolution silencieuse mais profonde. Une mutation psychologique qui rompt avec des décennies d’autocensure et de contentement. Deux discours de Fouzi Lekjaâ, président de la Fédération royale marocaine de football, révèlent cette transformation radicale dans la manière dont le sport-roi conçoit désormais ses ambitions.

Le 20 mai dernier, au lendemain d’une finale de CAN U20 perdue face à l’Afrique du Sud, Lekjaâ recevait les Lionceaux de l’Atlas. Une défaite certes, mais une performance remarquable pour une équipe qui ne s’était distinguée qu’en 1997 dans cette catégorie. Loin des discours convenus du parlement, le président-supporter livre ce qu’il nomme un “discours de vérité”. Sa sentence tombe, tranchante : le “rendu footballistique” n’a pas été assez bon. Plus radical encore, il martèle qu’“un esprit de gagnant n’admet pas et ne justifie pas la défaite”. L’objectif est désormais clair : viser le sommet ou rien.

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Cinq mois plus tard, le 21 octobre, fraîchement revenu du Chili où les U20 ont été sacrés champions du monde en finale face à l’Argentine – une première historique pour le football marocain -, Lekjaâ s’adresse aux U17, champions d’Afrique, avant leur départ pour le Mondial au Qatar. Le diagnostic qu’il pose sur le mal marocain est sans appel : “On a toujours censuré l’ambition”. Cette autocensure qui nous faisait célébrer une simple qualification au Mondial comme une consécration. “Il faut partir avec ce nouvel état d’esprit marocain. On n’est plus le Maroc qui fête des qualifications. Le Maroc fête des victoires”, insiste-t-il.

“Le football marocain s’est installé dans une culture de la gagne où la défaite n’est plus une option acceptable, où la qualification n’est plus une fin en soi mais un simple début”

Yassine Majdi

Walid Regragui peut bien se gargariser de ses 16 victoires consécutives avec l’équipe A, il ferait mieux d’écouter attentivement son président. Les ambitions des supporters marocains ont augmenté, et c’est irréversible. Nous avons goûté au luxe de la réussite avec la demi-finale du Mondial 2022, nous ne voulons plus redescendre. Le football marocain s’est installé dans une culture de la gagne où la défaite n’est plus une option acceptable, où la qualification n’est plus une fin en soi mais un simple début.

Cette révolution des mentalités dans le football marocain est désormais actée. Plus question de célébrer une simple participation, de se contenter d’être là. Le discours de Lekjaâ est clair : nous sommes dans l’ère de l’exigence absolue. Les victoires en catégories jeunes doivent servir de tremplin vers le succès de l’équipe A.

Chaque génération doit porter plus haut le flambeau, avec le Mondial 2030 comme horizon ultime. Le football marocain a fait sa mue. Il a rompu avec des décennies de complexes. Il ne s’excuse plus d’exister sur la scène internationale, il y impose sa présence. Cette transformation radicale, de la base au sommet, des centres de formation aux stades internationaux, dessine les contours d’une ambition sans limites.

Mais attention au syndrome de l’athlétisme marocain. Jadis vitrine sportive du royaume avec les exploits de Saïd Aouita, Hicham El Guerrouj et Khalid Skah, cette discipline a connu une chute vertigineuse, faute de structure pérenne et de vision à long terme. Comment éviter ce piège ? La réponse tient en un mot : institutionnalisation. L’Académie Mohammed VI de football, avec ses centres régionaux, ses formateurs de haut niveau et sa philosophie de jeu claire, constitue le socle de cette pérennité.

Il faut aller plus loin. Comme créer des équivalents dans d’autres disciplines : une Académie royale d’athlétisme avec la même rigueur, les mêmes moyens, la même ambition. Car l’excellence ne se décrète pas, elle se construit méthodiquement, génération après génération.

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