Salim Jay fait dialoguer les voix de plus de trente écrivains et écrivaines, venus d’horizons aussi divers que la Somalie, l’Irak, la Syrie, le Cameroun, la Guinée, le Mexique, la Hongrie ou encore le Maghreb. Tous ont en commun d’avoir fait de la migration une matière littéraire, un miroir de leur propre déracinement ou de celui des autres.
Loin des analyses théoriques, Salim Jay privilégie le sensible : il s’agit ici d’écouter les confessions, les fêlures et les résiliences qui se logent dans les mots. On retrouve la verve lucide et rebelle de Mohammed Khaïr-Eddine, racontant avec un mélange d’amertume et de tendresse son retour au Maroc, entre nostalgie et désillusion. On découvre, plus inattendue, la trajectoire de Mohed Altrad, Franco-Syrien au parcours singulier, dont Badawi retrace l’enfance nomade et la conquête d’une reconnaissance durement acquise.
Jay convoque aussi les voix universelles de George Orwell, de Miguel Torga, d’Abdoulaye Soumah, pour rappeler que l’expérience migratoire n’a ni âge ni frontières. Qu’elle se joue dans les rues de Londres, les ports du Portugal ou les villages d’Afrique de l’Ouest, elle engage toujours la même lutte contre l’effacement.
«Migrations et littératures du monde»
110 DH
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Et si le pays natal n’était plus un lieu mais un horizon ?
Le livre se déploie comme une constellation de récits où chaque texte éclaire l’autre. Derrière la diversité des lieux et des langues, se dessine une humanité commune : celle de ceux que le départ a rendus étrangers à eux-mêmes, mais aussi capables d’inventer un nouveau monde intérieur.
Une traversée polyphonique, douloureuse et lumineuse, des frontières visibles et invisibles de l’humanité
Salim Jay, critique littéraire et passeur infatigable, compose ainsi un atlas affectif des migrations, un espace d’hospitalité où chaque écrivain, chaque fragment, rappellent que l’exil n’est pas seulement une rupture mais aussi une possibilité de renaissance. La phrase du poète Mohamed El Jerroudi, placée en exergue — “Tu as tous les rivages du monde pour accéder un jour au cœur de ton pays natal” — résume l’esprit de l’ouvrage.
À travers ces littératures du mouvement, Jay interroge la notion même de patrie : et si le pays natal n’était plus un lieu mais un horizon, sans cesse réinventé par la mémoire et l’écriture ?
Ce recueil est une ode à la mobilité humaine dans ce qu’elle a de plus intime : la perte, la reconstruction et la quête de soi. En rassemblant ces voix fraternelles, Salim Jay fait de Migrations et littératures du monde un livre essentiel pour comprendre comment la littérature, plus que toute autre forme de savoir, permet d’habiter le monde malgré la perte. Une traversée polyphonique, douloureuse et lumineuse, des frontières visibles et invisibles de l’humanité.
«Migrations et littératures du monde»
110 DH
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Migrations et littératures du monde, de Salim Jay, aux éditions La Croisée des chemins.
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