Sixième… vraiment ? 

Par Nassim El Kerf

Ousmane Dembélé méritait son Ballon d’or, ça, ce n’est pas moi qui le dis, mais bien notre Hakimi national. En postant une story avec un Dembélé tout sourire, Ballon d’or en main, et en ajoutant la légende “Mérité”, le capitaine des Lions fait preuve de classe. Car oui, nul ne peut contester le parcours atypique du “Dembouz”, la manière dont il a su renaître après des années de blessures, pour enfin devenir le joueur que l’on attendait qu’il soit. Son sacre, c’est une belle histoire de résilience. Mais derrière cette victoire, une injustice : l’absence d’Achraf Hakimi dans le top 5, voire le top 3, est une hérésie.

Car le Marocain n’a pas seulement réalisé une grande saison. Il a porté son club et sa sélection avec une régularité qui, dans le football moderne, relève de la prouesse. Des kilomètres avalés, une discipline défensive rare à ce niveau, et toujours cette capacité à sortir la meilleure version de lui-même lors des grands matchs. Buteur en quart, en demi-finale et en finale de Ligue des champions, Hakimi a été l’homme providentiel du PSG, tout au long de la saison, et pas seulement les quatre derniers mois. Pourtant, aux yeux des votants, ce n’était pas suffisant pour le faire passer devant Mohamed Salah et Vitinha, 4e et 3e du classement. 

“Le poste de latéral n’est pas bling-bling. Il ne fait pas rêver sur YouTube, il ne vend pas de maillots au même rythme qu’un attaquant”

Nassim El Kerf

C’est là le problème : le poste de latéral n’est pas bling-bling. Il ne fait pas rêver sur YouTube, il ne vend pas de maillots au même rythme qu’un attaquant. Maldini, Cafu, Lahm, Dani Alves… l’histoire du Ballon d’or est une longue liste d’oublis. Et Hakimi s’y ajoute. Les fans adorent leur latéral, les coachs le considèrent indispensable, mais les votes, eux, s’arrêtent toujours aux portes du couloir. Cette sixième place n’est pas une reconnaissance, c’est une gifle polie. Le paradoxe, c’est que les chiffres ne disent pas tout. Les statistiques de Hakimi sont belles, plus de 30 contributions en une saison, jamais un latéral n’a pu faire mieux. Mais elles ne traduisent pas l’essentiel : l’impact invisible. Combien de buts évités par ses retours express ? Combien d’attaques déclenchées par ses courses incessantes ? Combien de systèmes rendus possibles par son endurance ? Rien de tout cela n’entre dans la logique des votants, qui veulent du clinquant, pas du travail d’orfèvre… au point de se demander s’ils regardent tous le même sport. 

Il faut le dire : la campagne #Hakimiballondor n’a pas pu impacter positivement les votes. Sur les réseaux, elle a fait sourire, elle a animé les timelines, mais elle n’a pas su exister là où ça compte : dans les urnes. Le lobbying ? Le Maroc a essayé, mais ses médias n’ont pas suivi. Et puis, quel impact ont les médias sportifs marocains par rapport aux mastodontes qui se sont rangés du côté de Dembélé, comme L’Équipe et compagnie ? C’était une campagne sympathique, mais pas suffisante pour propulser Hakimi au moins sur le podium. Son club n’a pas aidé puisqu’il a clairement choisi son favori. “Ousmane Ballon d’or” est scandé depuis le sacre parisien à Munich.  Luis Enrique, le coach des Parisiens, l’a même chanté en conférence de presse lorsque la question lui a été posée. Paris a misé très tôt sur son favori et a gagné. Un doux rappel que ce prix récompense parfois plus la surface que la profondeur. Et tant que le football restera prisonnier de cette logique, les hommes de l’ombre continueront d’applaudir ceux qui sont sous les projecteurs.

L’absence d’Hakimi dans le top 5 relève du non-sens. Le joueur sourira, comme toujours, avant de se remettre au travail. Mais au Maroc, cette sixième place a un goût amer : celui d’une reconnaissance mondiale qui se refuse encore à l’un des meilleurs joueurs de sa génération.

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