Dans les concessions, les vitrines brillent de modèles aux signatures LED affûtées et aux calandres fermées. Du compact urbain à moins de 200 000 dirhams au SUV premium offrant plus de 600 kilomètres d’autonomie et dépassant le million de dirhams, l’électrique s’affiche avec assurance. Mais, une fois sur la route, le tableau se nuance : le marché progresse, mais reste loin d’un véritable basculement.
Les chiffres le confirment : au premier semestre 2025, 2 417 voitures 100 % électriques ont été immatriculées, soit une hausse spectaculaire de 132 % sur un an. La dynamique est réelle, mais la part de marché demeure modeste, à peine 1 %.
Derrière les vitrines, l’offre est pourtant plus riche que jamais : près de vingt marques, plus de quarante modèles disponibles, et une diversité allant du véhicule utilitaire léger au coupé sportif, en passant par les berlines familiales et les SUV compacts.
Les nouveaux venus bousculent le marché
Cette montée en puissance ne doit rien au hasard. En quelques années, le marché marocain est passé d’une poignée de modèles élitistes à une scène concurrentielle où cohabitent constructeurs européens installés et nouveaux venus ambitieux. Parmi ces derniers, les marques chinoises avancent rapidement.
BYD, Changan, Geely, Chery ou BAIC ont investi les concessions avec une stratégie claire : proposer des véhicules électriques et hybrides bien équipés, compétitifs en prix et assortis de garanties solides. Les résultats suivent : entre juin 2024 et juin 2025, leurs ventes ont progressé de 31 %, atteignant 1 989 unités. BYD domine avec 412 véhicules, suivi de Changan (187) et Geely (151).
Leur percée bouscule l’ordre établi : là où les marques européennes misaient sur leur image et leur réseau, les constructeurs chinois séduisent par un rapport qualité-prix agressif et une montée en gamme progressive. Dans les grandes villes, certains modèles rivalisent déjà avec des références comme Renault ou Hyundai, tout en grignotant des parts sur les segments premium jusqu’ici verrouillés.
Un frein majeur : la recharge
Cette dynamique se heurte toutefois à un obstacle commun : l’infrastructure de recharge. Avec environ 600 bornes publiques réparties sur le territoire, le Maroc reste loin des standards européens. La majorité se concentre dans les grandes agglomérations, et les bornes rapides — capables de recharger 80 % d’une batterie en moins de 30 minutes — se comptent encore sur les doigts d’une main.
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Pour les trajets urbains quotidiens, le problème est moins sensible, d’autant que certains propriétaires rechargent à domicile ou sur leur lieu de travail. Mais pour les déplacements longue distance, la rareté des bornes rapides transforme encore l’autonomie annoncée en donnée théorique. Résultat : l’électrique séduit, mais reste associé à une logistique anticipée, loin de la simplicité d’un plein d’essence.
L’hybride tire son épingle du jeu
Sur le terrain, une alternative s’impose peu à peu : l’hybride, désormais perçu comme un compromis entre l’ancienne et la nouvelle ère automobile. Longtemps cantonné à un marché de niche, il séduit aujourd’hui une clientèle plus large, soucieuse de réduire son empreinte carbone tout en évitant les contraintes du tout-électrique.
Les chiffres confirment cette montée en puissance : près de 10 % des immatriculations concernent désormais des modèles hybrides, une part en progression constante depuis trois ans. Ce succès tient à un positionnement jugé plus rassurant. L’hybride limite la dépendance à un réseau de recharge encore insuffisant, tout en offrant une autonomie confortable et des économies de carburant notables. Dans les grandes villes, cette part dépasse largement la moyenne nationale, preuve que cette motorisation répond à un besoin urbain concret.
Un cadre fiscal encore perfectible
Si la dynamique commerciale est indéniable, le cadre fiscal reste un levier essentiel pour accélérer la transition. Aujourd’hui, les véhicules électriques bénéficient d’une exonération de la TVA à l’importation et de droits de douane réduits, ce qui contribue à abaisser leur prix d’acquisition. Les hybrides, eux, profitent d’une fiscalité avantageuse sur la vignette.
Mais ces mesures demeurent insuffisantes pour provoquer un basculement massif. Le marché marocain ne dispose pas encore d’un dispositif global comparable à celui de l’Europe ou de la Chine, où primes à l’achat, bonus écologiques et infrastructures subventionnées agissent de concert. Les acteurs du secteur plaident pour un cadre plus incitatif, incluant par exemple une aide directe à l’acquisition ou des avantages fiscaux renforcés pour les flottes d’entreprise. Autant de leviers qui permettraient d’amortir le surcoût initial des modèles électrifiés et de stimuler la demande sur l’ensemble du territoire.
Des perspectives de croissance confirmées
Malgré ses limites actuelles, le marché marocain des véhicules électrifiés semble promis à un bel avenir. Selon une note de l’agence d’analyse économique américaine BMI-Fitch, les ventes annuelles de véhicules 100 % électriques au Maroc pourraient dépasser les 10 000 unités d’ici 2030, soit plus de quatre fois le rythme actuel. Les motorisations hybrides devraient elles aussi poursuivre leur ascension pour représenter près d’un quart des immatriculations à cette échéance.
Cette croissance s’appuiera sur plusieurs leviers : élargissement de l’offre, prix appelés à se rapprocher des modèles thermiques grâce à la baisse des coûts de production, et déploiement progressif du réseau de recharge sur les grands axes et dans les principales agglomérations. Mais elle dépendra aussi de la capacité des pouvoirs publics à mettre en place un cadre incitatif cohérent, capable de rassurer les acheteurs et de soutenir les investissements privés.
