Amazigh : le défi de traduire un siècle de législation d'ici 2034

Le Maroc s'engage dans un défi de taille : traduire 110 ans de textes juridiques en amazigh d'ici 2034. Une journée d'étude organisée mardi à Rabat a permis de signer trois conventions pour accélérer l'intégration de cette langue officielle dans l'administration et la justice.

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Célébration du nouvel an Amazigh 2974 à Rabat. Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

Ministres, juristes et linguistes se sont réunis, mardi 22 juillet, pour entamer un chantier colossal : traduire tous les textes juridiques en amazigh d’ici 2034 et renforcer son intégration dans la législation.

Cette décision n’a d’autre objectif que d’appliquer l’article 5 de la Constitution de 2011 faisant de la langue amazighe une langue officielle de l’État et, par conséquent, une langue à protéger et à promouvoir. Dans cette lignée, la loi organique n°26-16, promulguée en septembre 2019, fixait le processus de mise en œuvre du caractère officiel de l’amazigh , ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et dans les domaines prioritaires de la vie publique. Cette loi imposait aux institutions marocaines de traduire 110 ans de textes juridiques en amazigh d’ici 2034, ce qui représente des milliers de textes à traduire en seulement 9 ans.

D’après une étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP) datant de 2024, près d’une personne sur quatre utilise l’amazigh quotidiennement, incluant le tachelhit, le tamazight et le tarifit, une part non négligeable de la population, ce qui a poussé les autorités à prendre des mesures permettant de refléter davantage ce multilinguisme dans la justice.

Ce 22 juillet, à Rabat, le ministère de l’Équipement accueillait une journée d’étude et de débat intitulée “intégrer la langue amazigh dans la législation : opportunités, potentiel et défis”. Cette réunion a rassemblé le secrétaire général du gouvernement, Mohamed Hajoui, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, le recteur de l’Institut Royal de la culture amazigh (IRCAM), Ahmed Boukouss, ainsi que des hauts responsables, des juristes et des experts en linguistique.

“Cette rencontre s’inscrit dans le sillage des directives royales qui n’ont cessé de souligner que la promotion de l’amazigh constitue une responsabilité nationale partagée”, a déclaré le secrétaire général du gouvernement, Mohamed Hajoui.

Célébrations du nouvel an amazigh (Yennayer 2975) le 14 janvier 2025 à Rabat.Crédit: Rachid Tniouni/TelQuel

Trois conventions pour officialiser l’amazigh

Trois conventions ont donc été signées en marge de cette rencontre. La première convention, impliquant le secrétariat général du gouvernement (SGG) et le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration (MTNRA), porte sur l’exécution du programme gouvernemental relatif à la mise en œuvre du caractère officiel du l’amazigh dans les domaines de l’administration, de la législation et de la réglementation. Son objectif est le soutien à la production et à la traduction de textes législatifs et réglementaires fondamentaux vers l’amazigh, l’élaboration d’un dictionnaire juridique et administratif de référence en amazigh et le recrutement d’assistants pour renforcer les services d’accueil, d’orientation et de conseil dans cette langue.

La deuxième convention, signée entre le SGG et l’IRCAM, se donne comme but l’intégration graduelle de l’amazigh dans les textes juridiques et réglementaires marocains, en renforçant les relations de coopération et de partenariat entre les deux parties. Cette convention se concentre sur la traduction, la formation, la documentation, les publications et la sensibilisation.

La troisième et dernière convention, entre le MTNRA et l’IRCAM, concerne la mise en œuvre du programme gouvernemental dans son volet relatif à la promotion de l’amazigh. L’accord stipule que les deux parties doivent participer au développement de la traduction juridique vers cette langue, le soutien aux administrations, aux institutions publiques, aux collectivités territoriales et aux associations et renforcer les capacités linguistiques des ressources humaines dans les domaines juridique et administratif.

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Ce passage à la vitesse supérieure concernant la construction d’un système juridique multilingue n’est pas sans poser de questions, notamment sur les moyens financiers et humains pour mener à bien toutes ces traductions dans les temps. Il s’agit de former massivement des professionnels pour qu’ils puissent appliquer la loi rédigée dans cette langue également.

Deux séances de débat ont ponctué cette journée d’étude, une abordant les visions institutionnelles par rapport à l’intégration de la langue amazighe dans la législation et la deuxième portant sur les visions académiques sur la même question, en présence d’acteurs institutionnels et académiques, de chercheurs et de représentants des instances concernées.

Le recteur de l’IRCAM s’est engagé à ce que l’Institut Royal de la culture amazighe accompagne les projets, forme les cadres nécessaires et appuie les administrations dans la mise en œuvre effective de cette langue dans ses programmes. L’IRCAM est un “pôle de référence” pour la traduction en amazigh, a-t-il conclu.