Le Maroc est un pays qui sait recevoir. C’est indéniable. Dans nos riads, nos restaurants et dans nos médinas, l’art de l’hospitalité coule dans les veines des Marocains. Les touristes repartent éblouis, les investissements hôteliers se multiplient, tandis que les diplomates étrangers vantent continuellement le sens de l’accueil de notre pays. Mais mardi soir, dans l’annexe olympique du Complexe Moulay Abdellah, cette excellence s’est évaporée.
“Notre légendaire hospitalité s’arrête net aux portes des stades”
Près de 20.000 spectateurs ont célébré la qualification historique des Lionnes de l’Atlas pour une deuxième finale de Coupe d’Afrique consécutive. Une performance inédite toutes équipes nationales confondues. Mais ces supporters ont vécu un calvaire logistique pour y arriver. Parkings inexistants. Signalétique absente. Familles désorientées. Notre légendaire hospitalité s’arrête net aux portes des stades. Et c’est d’autant plus incompréhensible que nous maîtrisons parfaitement cet art ailleurs.
Nous excellons dans l’infrastructure, nous peinons sur l’humain. Un véritable mal marocain qui ne se limite pas qu’aux stades mais s’étend aussi à la santé, l’éducation ou encore les aéroports… Des milliards de dirhams ont été investis. Stades aux normes FIFA. Ponts flambant neufs. Aménagements urbains ambitieux. L’effort est considérable et mérite d’être salué. Mais cette excellence technique contraste avec les lacunes dans l’accompagnement humain. Où sont les bénévoles pour orienter les familles ? Où sont les panneaux provisoires en attendant la signalétique définitive ?
Même les policiers présents, malgré toute leur bonne volonté, n’avaient aucune information à donner aux supporters. L’excuse du “chantier en cours” ne peut tout justifier. Cette passion populaire pour nos Lionnes, nourrie par un travail de communication réussi, mérite mieux qu’un parcours du combattant. On ne reçoit pas qu’avec du béton, on reçoit avec de l’humain.
“Voir une mère mourir d’inquiétude à l’idée de perdre ses enfants au milieu de la foule, ce n’est pas l’image que notre pays veut renvoyer”
Les signaux d’alerte existaient déjà, pourtant. Et ils sont légions. Lors de la précédente édition à domicile, certains supporters avaient dû rejoindre le stade à pied depuis… Témara. Les derniers matchs des Lions de l’Atlas à Fès et Oujda sont d’autres exemples de désorganisation avec des stades surbookés et des concentrations anormales de supporters aux portes des stades.
Mardi soir, des centaines de personnes se sont retrouvées agglutinées aux mêmes points d’accès, créant des bouchons humains dangereux. Voir une mère mourir d’inquiétude à l’idée de perdre ses enfants au milieu de la foule, ce n’est pas l’image que notre pays veut renvoyer. Des familles assises dans les escaliers, des supporters qui improvisent des nouvelles rangées de siège : scène habituelle de débrouillardise, mais aussi risques évitables. Cette désorganisation est moins visible pour une compétition féminine sous-médiatisée. Mais qu’adviendra-t-il quand tous les projecteurs internationaux seront braqués sur nous ?
Surtout que le temps presse. Le coup d’envoi de la CAN 2025 sera donné dans cinq mois. Il n’est pas trop tard pour éviter l’anarchie qui risquerait de ternir l’image de tout un pays. Et si l’État ne dispose pas du know-how dans l’organisation d’évènements sportifs de masse, peut-être faudrait-il la confier à des entreprises privées spécialisées. Surtout lorsqu’on sait que notre pays ambitionne d’accueillir la finale du Mondial 2030. Cet objectif noble parait difficilement réalisable lorsque l’on constate que l’accès et la sortie au stade relève davantage de l’aventure périlleuse que de la promenade de santé.
On construit des stades, c’est bien. Penser aux supporters qui vont les animer, c’est mieux. Car les pelouses parfaites et les tribunes rutilantes aident à faire battre le cœur du football, c’est indéniable. Mais l’âme réelle du sport, ce sont ces milliers de voix qui s’élèvent, ces familles qui transmettent leur passion, ces supporters qui créent la magie d’un lieu. Nous avons l’infrastructure du futur, mais l’organisation du passé.
