“La pêche illégale représente environ 30 % de l'activité au Maroc, c'est considérable”, Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France

Pêche illégale à 30%, chalutage destructeur, capture accidentelle de dauphins... Face à l'urgence écologique qui frappe le littoral marocain, Sea Shepherd prépare son débarquement. Lamya Essemlali, directrice de l'ONG en France, explique à TelQuel comment elle compte adapter les méthodes qui ont fait leurs preuves en Europe.

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Lamya Essemlali est la président de Sea Shepherd France. Crédit: DR

L’offensive de Sea Shepherd au Maroc commence dans un café casablancais, non loin du port. Lamya Essemlali et son équipe, tout juste sorties d’une tournée de rencontres avec les professionnels de la mer marocaine, confient à TelQuel leur feuille de route pour implanter une organisation de protection du littoral dans le royaume.

TelQuel. C’était le premier voyage officiel de Sea Shepherd France au Maroc. Quels étaient vos objectifs ?

Lamya Essemlali :  Notre idée en arrivant au Maroc était de prendre la température de la situation sur le littoral en rencontrant les professionnels du secteur de la pêche et de la mer. Tout cela nous permet d’identifier les enjeux sur lesquels nous pourrons faire une différence, de voir comment se situent nos interlocuteurs sur ces sujets et de déterminer, secteur par secteur, ceux avec qui nous pourrons travailler.
 Dans le détail, on a rencontré les représentants des armateurs, de la pêche hauturière, de la pêche côtière, ainsi que des représentants politiques proches des thématiques liées au domaine marin. Malgré des divergences dans leurs approches et leurs avis, tous s’accordent pour dire qu’il y a un problème, incarné par un manque de contrôle sur les pratiques de pêche. Ils nous ont paru conscients du problème et lucides sur le besoin de communiquer entre eux pour le régler.

De notre côté, on a souhaité leur présenter notre projet. C’est indispensable auprès des pêcheurs, car ce sont eux qui sont les premiers concernés de l’action qu’on veut mener au Maroc, d’autant qu’on n’est pas forcément alignés avec eux sur certains d’enjeux… Néanmoins, on sait qu’on a à gagner en étant à la fois très transparents sur nos objectifs et en proposant des moyens réalistes et efficaces pour y parvenir.

Mais si vous souhaitez lutter contre la surpêche, il y aura forcément des points de tension avec les pêcheurs. Par exemple, comment comptez-vous aborder la question des chalutiers destructeurs des fonds marins avec les armateurs ?

“On a la sensation que certaines ONG essayent de nous vendre un mythe selon lequel si on interdit le chalutage de fond, ça va régler tous nos problèmes”

Lamya Essemlali, directrice de Sea Shepherd France

Il y a beaucoup de tapage actuellement sur le chalutage de fond. L’idée qui est défendue par la masse des ONG est qu’une aire marine ne peut pas être dite « protégée » si le chalutage de fond y est autorisé. Sea Shepherd considère que cette argumentation est avant tout marketing, parce que vendeuse et facile. On a la sensation que certaines ONG essayent de nous vendre un mythe selon lequel si on interdit le chalutage de fond, ça va régler tous nos problèmes.

Selon moi, il faut réserver son jugement en fonction des fonds dans lesquels on pêche. Si on fait du chalutage de fonds là où pousse la posidonie (herbe marine qui joue un rôle important dans le captage de CO2, ndlr) ou sur des coraux, c’est une aberration et il faut l’interdire. Par contre, il existe un certain nombre de zones, y compris dans les Aires marines protégées, où les fonds sont sableux et où le chalutage de fonds fait beaucoup moins de dégâts. Par ailleurs, et c’est systématique, si on retire le chalutage de fonds, il y a un report de l’effort de pêche sur les filets qui peuvent faire beaucoup de mal aux populations de dauphins, d’oiseaux marins etc.

Par rapport à la France, quel est le niveau de conscience de la menace sur le littoral que vous avez décelé chez vos interlocuteurs ?

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