À Rabat, au cœur du campus de la Fondation Mohammed VI pour la Science et l’Innovation, les allées du Centre Mohammed VI pour la Recherche et l’Innovation (CM6RI) bruissent d’activités. Ingénieurs, biologistes, infectiologues et techniciens de laboratoire planchent sur des tests rapides « made in Morocco », capables de détecter des agents pathogènes spécifiques à l’environnement africain. Ici, on ne parle pas d’innovation pour briller, mais d’innovation pour protéger.
Car pour le Maroc, la souveraineté sanitaire n’est plus un concept théorique. Elle s’incarne dans des dispositifs concrets : tests de dépistage localement développés, formations continues en épidémiosurveillance, cartographies de risques, simulations sanitaires. « Il ne s’agit pas seulement de répondre à une urgence. Il faut pouvoir détecter, anticiper et agir avec des outils qui nous appartiennent », souligne Saber Boutayeb, directeur général du CM6RI.

Depuis quelques années, ce centre pilote de la Fondation œuvre à poser les fondements d’une capacité nationale d’anticipation épidémique, en tissant des liens étroits avec les acteurs industriels marocains et les instances publiques.
L’enjeu : renforcer l’autonomie du pays dans un contexte de risques sanitaires croissants — recrudescence des zoonoses, effets du dérèglement climatique, intensification des mobilités internationales. Une vision cohérente avec l’approche One Health, encore timide mais de plus en plus intégrée dans les cercles scientifiques et institutionnels.
Des stades aux laboratoires : la chaîne de vigilance à l’épreuve
À l’horizon, la CAN 2025 agit comme un révélateur. L’événement réunira des dizaines de milliers de visiteurs, d’équipes et de délégations, mobilisant des points d’entrée multiples sur l’ensemble du territoire. Ports, aéroports, zones transfrontalières : autant d’espaces où l’on teste, où l’on filtre, où l’on surveille.
« La CAN constitue une opportunité réelle de tester la solidité de notre réponse sanitaire. Elle met en lumière les efforts déjà engagés, mais surtout l’importance d’une coordination fluide entre institutions, laboratoires et territoires », analyse Boutayeb.
Ce chemin vers l’autonomie passe aussi par un soutien assumé à l’innovation locale. Les initiatives privées ne manquent pas, mais elles ont besoin d’un cadre structurant : incitations à la production, accès aux marchés publics, reconnaissance réglementaire. « Avec un soutien à l’effort industriel par des mécanismes adaptés, le Maroc peut devenir une référence en Afrique en matière de diagnostic et d’épidémiosurveillance », affirme Boutayeb.
Plus qu’un défi, c’est une trajectoire que le Royaume trace avec rigueur. Elle repose sur une alliance entre science, industrie et volonté politique. Et si la pandémie a servi d’électrochoc, c’est désormais à la lumière d’enjeux futurs — comme la CAN — que se joue la crédibilité d’une souveraineté sanitaire pleinement assumée.
