Longtemps, un test positif au virus de l’immunodéficience humaine (VIH), qui attaque le système immunitaire de l’organisme, équivalait à une sentence de mort. Le stade le plus avancé de l’infection étant le syndrome d’immunodéficience acquise, le SIDA.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, rappelle le Pr Ahd Ouladlahsen, infectiologue : “Si, sans traitement, la maladie est mortelle, pour les patients traités, c’est une maladie chronique. Avec un diagnostic précoce, tout rentre rapidement dans l’ordre.” Et ce grâce aux traitements antirétroviraux (TAR) qui réduisent la charge virale, au point qu’elle devient indétectable, explique la spécialiste : “Si la charge virale est négative, il n’y a pas de risque de transmission. À condition que les personnes prennent bien leur traitement et se fassent suivre régulièrement, bien sûr.”
Le VIH se transmet par trois voies : sanguine (toxicomanes, professionnels de santé), sexuelle et materno-fœtale. Un dépistage précoce permet donc de sauver la vie du patient, mais aussi d’éviter toute transmission à ses proches.
Une réussite marocaine mais…
Le Maroc peut se targuer d’une prévalence de 0,08% dans la population générale, bien inférieure à celle de nombreux pays d’Afrique subsaharienne (où elle dépasse souvent 5-10%), et même plus basse que la moyenne européenne d’environ 0,2 à 0,3%. “C‘est le fruit du travail colossal des associations, comme l’ALCS, des médecins et du ministère de la Santé”, souligne la Pr Ouladlahsen.
Au Maroc, la prévalence reste élevée au sein des populations vulnérables, comme les travailleuses du sexe, les toxicomanes, ainsi que les tuberculeux…
La gratuité des traitements et dépistages, disponibles dans tous les CHU, a porté ses fruits. En 2023, 970 nouvelles infections ont été enregistrées et 390 décès, marquant une baisse continue depuis 2008, et 77 % (l’un des meilleurs taux en Afrique du Nord) des malades détectés sont soignés avec un TAR.
Pourtant, la prévalence reste élevée au sein des populations vulnérables, comme les travailleuses du sexe, les toxicomanes, ainsi que les tuberculeux (10%), et les migrants (3 à 8%). Et un problème persiste : “Il y a des gens qui circulent sans savoir qu’ils sont infectés”, alerte la spécialiste.
Dépister pour sauver des vies
“Il y a un relâchement, c’est un vrai problème, surtout chez les jeunes”. Insuffisamment informés, ces derniers ne sont pas conscients des risques, et ne se protègent pas
La Pr Ouladlahsen pointe le fait que depuis quelques années, on parle moins du VIH. “On en parle qu’en décembre, parce que le 1er, c’est la Journée mondiale de lutte contre le sida”. Or, “il y a un relâchement, c’est un vrai problème, surtout chez les jeunes”. Insuffisamment informés, ces derniers ne sont pas conscients des risques, et ne se protègent pas.
Pour atteindre les objectifs d’Onusida d’ici 2030, la sensibilisation reste donc cruciale. L’infectiologue préconise ainsi plus de sensibilisation dans les établissements scolaires. Elle explique que les premiers symptômes – fièvre inexpliquée, troubles digestifs, adénopathie – ressemblent à d’autres infections, retardant le diagnostic. “Ce qui doit alerter, c’est quand les maladies deviennent chroniques ou qu’elles ne répondent pas aux traitements.”
Et la spécialiste d’insister : la clé, c’est le dépistage, “qui devrait être généralisé, en particulier chez les femmes enceintes et lors du bilan prénuptial pour éviter de transmettre le virus à son conjoint.” L’innovation peut changer la donne. Des tests rapides sont disponibles dans les centres de santé et dans les 19 centres de l’ALCS. Le dépistage y est gratuit et anonyme : le résultat est disponible en 15 min. Et Gigalab a lancé le GLD HIV-1+2, premier test rapide de dépistage du VIH conçu et fabriqué au Maroc, validé en octobre 2014.
