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Des maladies “silencieuses” qui touchent 370 000 Marocains

L’hépatite virale ne prévient pas. “Beaucoup de maladies virales ne se manifestent pas cliniquement par des symptômes. Notre système immunitaire les combat et on en guérit”, explique le Pr Abdelfattah Chakib, professeur de maladies infectieuses à l’Université Mohammed VI des sciences de la santé. Mais avec les hépatites B et C, “le virus continue à se multiplier, en silence. Il inflamme à bas bruit les cellules du foie, les hépatocytes. Et si l’hépatite n’est pas dépistée, au bout de 15 ans, on a une cirrhose, qui dans un petit nombre de cas peut se transformer en cancer du foie.”
Au Maroc, environ 370 000 personnes vivent avec une hépatite B ou C, causant plus de 1000 décès par an. Selon l’enquête nationale menée en 2019, la séroprévalence de l’hépatite B chronique est de 0,7%, et celle de l’hépatite C de 0,5%. Des chiffres en baisse depuis 2014, mais qui augmentent à plus de 1% chez les adultes de plus de 41 ans.
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Circoncision, piercings, rasoirs : les pièges du quotidien
“Les deux hépatites ont en commun d’être transmises par le sang, c’est-à-dire l’utilisation d’objets contondants qui ne sont pas stérilisés”, précise le Pr Chakib. Contrairement à d’autres pays, au Maroc, “la principale cause de transmission de l’hépatite C n’est pas le partage de matériel d’injection de drogues.”
Contrairement à d’autres pays, au Maroc, “la principale cause de transmission de l’hépatite C n’est pas le partage de matériel d’injection de drogues”
Les modes de transmission les plus fréquents ? D’abord, les pratiques traditionnelles, comme la circoncision hors milieu médical. “Nous conseillons aux associations qui font des stérilisations dans les campagnes d’utiliser des bistouris jetables : un enfant, un bistouri”, insiste le professeur. Ensuite, les piercings dans des centres qui ne respectent pas les normes, notamment chez les bijoutiers. Puis les rasoirs ou les coupe-ongles, “auxquels beaucoup de gens ne pensent pas. Ils doivent rester individuels.”
Quatrième cause : la transmission de la mère à l’enfant, avec un taux de 2% pour l’hépatite C et jusqu’à 80% pour l’hépatite B. “C’est pour cela que le dépistage des femmes enceintes est crucial”, souligne le Pr Chakib. Enfin, la toxicomanie, avec le partage d’aiguilles, mais aussi de “pailles” pour ceux qui prennent de la drogue par voie nasale.
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L’hépatite B est aussi une MST
Attention, l’hépatite B ne se transmet pas que par le sang. C’est aussi une infection sexuellement transmissible. “Il faut insister à nouveau sur l’importance d’utiliser des préservatifs, qui protègent aussi du VIH et du virus du papillome humain, principale cause du cancer du col de l’utérus !”, martèle le Pr Chakib. L’hépatite B peut également se transmettre par l’allaitement. “C’est pourquoi il est très important de faire le test dès le premier trimestre. Si la femme est porteuse, on la traite, et on vaccine l’enfant à la naissance pour éviter la transmission.”
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Des traitements efficaces existent
Bonne nouvelle : depuis le milieu des années 2010, les antiviraux à action directe permettent de guérir plus de 95 % des cas d’hépatite C, après 3 à 6 mois de traitement. “Auparavant, les traitements étaient lourds, avec de nombreux effets secondaires, pour une efficacité de 40 à 50% seulement”, rappelle le Pr Chakib. Mais attention, une fois guéri, on n’est pas immunisé : on peut être infecté à nouveau.
Pour l’hépatite B, des traitements très efficaces existent aussi, “mais la différence, c’est qu’il faut les prendre à vie.” Au Maroc, des génériques sont produits localement et remboursés par les mutuelles et la CNSS. Le ministère de la Santé offre même la prise en charge gratuite dans ses structures.
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Un vaccin existe contre l’hépatite B
Contrairement à l’hépatite C, l’hépatite B peut être évitée grâce à la vaccination. Le vaccin est inclus dans le programme national d’immunisation du Maroc depuis une quinzaine d’années, administré de manière systématique aux nourrissons, avec un taux de couverture élevé. “Du coup, les jeunes sont relativement protégés. Le vaccin nous a permis de réduire l’incidence du virus dans la population”, se réjouit le Pr Chakib.
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Dépistez-vous : 15 minutes peuvent vous sauver la vie
“Les médecins ne prescrivent pas suffisamment les sérologies des hépatites, malheureusement”, déplore le Pr Chakib. “Il faut que les médecins généralistes sachent qu’il existe des traitements efficaces et qu’ils prescrivent les sérologies, en particulier chez les personnes les plus exposées, les diabétiques, par exemple.” Et d’ajouter : “Je crois que tout être humain, à partir de 50 ans, doit bénéficier au moins une fois d’une sérologie de l’hépatite C.” Il existe même des tests rapides de dépistage des hépatites produits au Maroc : en 15 minutes, on a le résultat. Enfin, un test capable de dépister le VIH et les hépatites B et C est développé par une entreprise
marocaine.Le message du spécialiste est simple : faites-vous dépister. En 15 minutes, vous saurez.

