Grande comme Toto

Par Yassine Majdi

Plus de 200  000 personnes présentes. 5,4 millions devant le signal de 2M. Ces chiffres, c’est du jamais vu. En clôture du dernier Festival Mawazine, le concert d’ElGrande Toto a dépassé le simple triomphe musical. C’est devenu un symbole. Celui d’un nouveau Maroc qui gagne avec ses propres codes.

Internet, c’est son terrain de jeu. Taha Fahssi, de son vrai nom, n’a pas attendu qu’on lui ouvre les portes des médias. Dès 2016, avec “7elmet Ado”, son premier single viral sans promotion, il a posé les bases de son empire digital. 900 millions de streams sur Spotify, 711 millions de vues sur YouTube : son succès, il le doit à ses heures passées sur ses textes et au courage d’avoir cru en son projet quand personne n’aurait misé un dirham sur lui. Et, franchement, ça fait du bien de voir un Marocain qui n’attend plus qu’on daigne lui ouvrir les portes.

“ElGrande Toto n’imite pas les modèles américains. Il est authentiquement marocain 
mais universellement compréhensible et compatible”

Yassine Majdi, directeur de la publication

Toto, c’est le visage du nouveau Maroc, ouvert sur l’international. Certes, les classiques comme Nass El Ghiwane et Jil Jilala gardent leur aura. Mais le nouveau Maroc est jeune, urbain, connecté à l’international. Toto, l’enfant du quartier Benjdia à Casablanca, mélange darija, français et espagnol dans des sonorités qui marient raï et trap. Et ça marche. En collaborant avec un artiste comme le Nigérian CKay, il pense Afrique. Avec Morad et Baby Gang, il connecte les diasporas maghrébines d’Europe. Simple, efficace. Il est aussi le premier artiste chantant en darija à obtenir une “certification diamant” en France.

Il prouve que l’authenticité culturelle, loin d’être un handicap, devient un atout dans un monde saturé de productions standardisées. C’est le fameux think local to be global. ElGrande Toto n’imite pas les modèles américains. Il est authentiquement marocain mais universellement compréhensible et compatible. Avec un succès retentissant. Triple victoire aux Billboard Arabia Awards 2024, 8 titres simultanément dans le Hot 100 arabe, succès dans 178 pays : ElGrande Toto transforme le Maroc en plateforme d’export culturel vers le monde entier. Même si ses textes font parfois grincer des dents.

Cette réussite s’inscrit dans une dynamique plus large. À l’image d’Achraf Hakimi qui a mené le Maroc en demi-finale de la Coupe du Monde 2022, ElGrande Toto appartient à cette génération qui place le royaume sur la carte mondiale. Tous deux incarnent cette nouvelle jeunesse marocaine : globalisée mais fidèle à ses origines, ambitieuse mais généreuse envers sa communauté. Quand Hakimi célèbre l’Aïd dans un orphelinat de Casablanca, quand ElGrande Toto dédie ses prix Billboard à sa mère défunte, ils montrent que le succès international n’efface pas les valeurs propres à notre pays.

Le soft power marocain s’est trouvé un nouvel ambassadeur. Là où la diplomatie culturelle traditionnelle misait sur l’artisanat et l’architecture, cette nouvelle génération propose une culture marocaine vivante et contemporaine. ElGrande Toto, c’est l’émergence d’une génération qui ne rêve plus d’émigrer mais ambitionne de conquérir les marchés internationaux depuis le Maroc. Son parcours trace la voie pour tous ceux qui, demain, porteront les couleurs du royaume sur la scène internationale, non plus comme des invités mais comme des acteurs majeurs de la culture globale du XXIe siècle.

Et, il faut le répéter, c’est l’une des rares fois où la scène de l’OLM Souissi à Mawazine a vu un Marocain performer. La preuve que les talents locaux n’ont plus besoin d’être validés par l’étranger pour briller chez eux.